Il y a quelque chose de fascinant dans le personnage qu’est Pauline de Tarragon plus connue sous le nom de Pi Ja Ma. Une tendresse naturelle qui émane de cette artiste touche à tout. Créatrice de céramiques, poète, musicienne, elle transforme chacune de ses action en une oeuvre artistique. Telle une bonne fée greffée d’une baguette magique, la voilà qui vient jeter un sort à quelques notes bien senties pour créer un album de bedroom pop en français dans lequel on se glisse comme dans un lit douillet. Son nouvel opus « Magnetofille » est une ballade mélodique où la candeur la dispute à une honnêteté radicale. Pas étonnant qu’il soit l’une des créations les plus pertinentes qu’a connue la scène française ces dernières années. Il fallait qu’on en parle.
Un album doudou comme une journal intime pi ja ma
Il faut appréhender ce nouvel album de Pi Ja Ma comme l’on boirait une bonne tasse de thé. Il se déguste à chaud, presque loin de toute analyse pour mieux en saisir l’impressionnante sincérité. Mais surtout, comme pour le breuvage, il réconforte autant qu’il dégage de nombreuses couches de saveurs. Lorsque l’on en apprend plus sur la genèse de « Magnétofille », l’évidence se crée. Composé dans une bulle protégée, loin des bruits de la ville, il a été écrit aux côtés d’Hugo Pillard (Trente). Cette idée de bulle isolée va se ressentir gorgée après gorgée bues à grandes lampées des 12 titres qui composent cet opus à part. La musicienne y pousse la chanson sur la pointe des pieds en une pirouette quasi phrasée. La naïveté semble de prime abord être maîtresse de l’opus composé par celle qui est également autrice et illustratrice de livres jeunesse. Ce sont les sonorités et les textures qui donnent à l’objet son inclinaison quasi enfantine. Le constat est d’ailleurs particulièrement vrai sur le titre « Chiale » qui répète comme une provocation élémentaire « chiale, chiale, chiale … tu pisseras moins ». Et pourtant, ce qui s’écrit comme une injonction candide prend un tout autre aspect quand on se focalise sur les paroles. C’est avant tout une grande maturité qui vient à dominer les déambulations de ces morceaux. La maturité d’oser profondément ressentir et étaler sur le devant de la scène une boule de sentiments à fleur de peau. Pauline de Tarragon les prend pour en former une expérience jusqu’au boutiste présentée face au Monde avec autant de fierté que de timidité. On se surprend alors, le temps d’un album OVNI à faire de la chanteuse une amie précieuse qui par ses anecdotes vient parler à nos peurs et démons. Pi Ja Ma nous invite en effet à suivre son journal intime, raconté sans concession. Dans sa bouche, à travers son périple onirique, l’insulte « Imbécile », neuvième titre de l’album devient un mot essentiel comme un fardeau trop gros qu’il fallait expier plutôt que de le garder. C’est bien cette capacité à pleinement tout exprimer avec autant de poésie que de langage parlé qui rend l’écoute captivante et l’expérience unique. La voix de Pauline, elle aussi profite d’une douceur candide. Elle pourrait ainsi nous offrir une berceuse réconfortante à chacun de ses titres qu’il serait nécessaire d’écouter roulé.e en boule dans un plaid.
pi ja ma ou la Simplicité complexe
C’est le do it yourself qui hante et peuple l’univers à part de notre artiste. Ce qui donnera des créations physiques au travail complexe sur ses céramiques habitées de représentations de son chien Sasha, aura la même saveur en musique. Lorsque l’on se ressert une tasse de thé pour une seconde écoute de cet album solaire sorti en hiver, la diversité du travail de composition laisse une petite touche sucrée sur le palais. On déguste, le titre « Le temps » qui fait intervenir quelques chants d’oiseaux en rêvant d’un univers féerique. Il y aurait du Disney dans son travail, si Walt Disney n’avait pas été une ordure. Parce que notre musicienne, elle est aussi consciente du Monde qui l’entoure que des enjeux de notre société. Elle place ainsi quelques constats dans ses titres sur ce que l’on dit d’une génération actuelle incomprise par celle qui la précède. Pi Ja Ma pourrait faire le pont entre les deux mondes tant elle prône la bienveillance. Celle-là même qui permet enfin de parler de santé mentale sans tabous. Petit coeur à découvert qu’il faudrait protéger, elle donne le ton de ses grandes capacités à ressentir dès le premier titre « L’annonce » alors qu’elle y parle d’amour contrarié et contrariant. Ne murmure-t-elle pas à nos oreilles nos propres sentiments ? La promenade à travers les pages de ce carnet secret regorge autant d’instruments que de promesses à fort potentiel visuel. La foule d’éléments qui viennent alors peupler les morceaux impressionne. Chacune des sonorités dévoilées devient alors un personnage entier. Sur « Hyperactive girl » le gimmick musical donne une touche cocasse et ironique à un constat personnel. Pauline semble y prendre du recul sur la personne qu’elle est, se raconter d’une façon via ses paroles pour se juger par ses notes. Elle y dresse un portrait si honnête que cet auto-portrait aura la grandeur de celui de Van Gogh. Attention à ne pas se méprendre, si la chanteuse invite à la « Sieste » sur son dixième chapitre, l’opus regorge de suffisamment de théine pour nous tenir éveillé.es tout le long de son écoute. Suite de comptines pop jamais encore explorées dans le paysage français, elle fait de son troisième album un élément à part et précieux. Ecouter l’enfant qui est en soit c’est ainsi et aussi mieux découvrir l’adulte qu’elle est. Et rappeler qu’on peut aisément faire cohabiter ces deux aspects de nos personnes pour mieux se comprendre.
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