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septembre 2020

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possessor film 2020 extrait

Très attendu par les aficionados de cinéma de genre, “Possessor” s’est joué pour sa deuxième diffusion à l’Etrange Festival à guichets fermés. Il faut dire que le long-métrage du fils de David Cronenberg ( La Mouche, Chromosome 3) n’a rien à envier à la qualité à laquelle nous a habitués le père. Entre place du travail destructrice de la personne, danger des nouvelles technologie, caméra précise et effets carrément gores, l’oeuvre est jouissive. On vous raconte.

Possessor de quoi ça parle ?

Tasya Vos est membre d’une organisation secrète : grâce à des implants dernier cri, elle peut contrôler l’esprit de qui bon lui semble. Jusqu’au jour où le système bien rôdé de Tanya s’enraye. Elle se retrouve alors coincée dans l’esprit d’un homme, dont le goût pour la violence se retourne contre elle.

Possessor, pourquoi c’est bien ?

possessor film 2020brandon cronenderg

 

Si Cronenberg père est connu pour son rapport au corps et son obsession pour ses transformations, cette marque de fabrique revient volontiers dans le travail du fils. Loin d’être un simple film d’époque, le réalisateur Brandon Cronenberg signe ici un métrage puissant qui aurait pu aussi bien sortir au sommet de l’âge d’or du cinéma d’épouvante (dans les années 70 à 80) que dans nos sombres années 2020. Loin des grandes sorties horrifiques actuelles souvent édulcorées, ce Possessor s’évertue à repousser les limites, osant tout ou presque, choquant par son visuel fort en hémoglobine tout en gardant pourtant un ton froid et posé. Le corps, lui est vu sous toutes ses couture. La sexualité y est omniprésente et prend en fonction de ses protagonistes plusieurs visages questionnant presque le genre du bout des doigts lors d’une scène au graphisme époustouflant. L’identité, au coeur de l’intrigue, celle qui attache aux proches y est sans cesse questionner. Sommes-nous une somme de souvenirs ? Le reflet de nos impulsions ? semble-t-il questionner.

D’entrée, le malaise est palpable. D’abord celui d’une héroïne brillamment interprétée par Andréa Riseborough (Birdman). C’est d’ailleurs avec un casting 5 étoiles que l’oeuvre qui avait choqué au festival de Sundance se déploie. A l’affiche, on retrouve par ailleurs Tuppence Middleton (Sense 8), Jennifer Jason Leigh (Atypical, Les sentiers de la perdition)  ou encore Sen Bean (Golden Eye, Game of throne) qui rejoint la famille des acteurs de GOT que l’on découvre sous un nouveau jour dans les métrage horrifiques de l’Etrange Festival  à l’instar de Maisie Williams, incroyable dans The Owners).

La guerre psychique pour le contrôle du corps est au centre de cette fable éprouvante où les penchants violents de chacun ne font qu’accroître une sur-enchère de frustrations et de goût pour le travail bien fait. Savoir rester soi-même plutôt qu’avoir la liberté d’être une personne échangeable dans la société, est ici une valeur centrale du travail de Cronenberg qui pousse son propos à son apogée. A cela s’ajoute une atmosphère aussi viscérale que macabre qui prend vie dès les premières secondes du film sans jamais perdre de temps. Le spectateur y est valorisé alors qu’il n’est jamais pris pour un incapable de se raccrocher à une histoire, il y est au contraire embarqué sans jamais être noyé dans une profusion de détails contextuels. Sobre dans son propos, cette oeuvre entre science-fiction et thriller ne lésine jamais sur les moyens visuels. D’abord grâce à des décors à couper le souffle mais aussi et surtout par l’explication des sentiments grâce la mise en images lors de nombre scène où la dualité se superpose, où les visages se mélanges et où le flou et les effets de couleurs se succèdent. L’abstrait y devient très concret alors que trouble et intensité se côtoient. La bande son signé Jim Williams également sublime fait vibrer ce récit graphique. Tasya réussira-telle à contrôler le corps de Colin ? A s’adapter en quelques jours à une vie qui n’est pas la sienne tout en ne s’oubliant pas ?  Toutes ces questions trouveront réponses au court d’une heure quarante haletante de bobine à ne pas laisser entre toutes les mains. Nul doute que ce Possessor a tout pour devenir culte auprès des fans de cinéma de genre au coeurs bien accrochés.

En espérant que le film se distribue dans les cinémas français qui sont souvent frileux lorsqu’il s’agit de diffuser de l’horreur bien construite. L’Etrange Festival, lui, se poursuit au Forum des Images jusqu’au 13 septembre.

Découvrez la bande-annonce de Possessor

 

The owners film

Après des mois de vie culturelle complètement stoppée, de festivals de cinéma annulés, voilà qu’enfin, un évènement chouchou de la rédaction ouvre ses portes. L’Etrange festival qui chaque année fait la part belle aux films de genre, aux films étranges, aux coquetteries et bizarreries du Monde entier se tiendra au Forum des Images de Paris du 2 au 13 septembre. Malgré la jauge réduite à 60 %, qui, on l’espère, ne pénalise pas trop l’évènement, le festival reste un vrai régal conjuguant avec passion cinéma actuel, avants-premières, classiques, pépites cultes ainsi que documentaires et courts-métrage.

Pour sa journée d’ouverture, l’événement mettait à l’affiche une jolie sélection de pépites aux bizarreries inimitables : Tomiris, Pour l’Eternité mais aussi The Owners, coup de cœur instantané de notre équipe. On vous raconte?

 

The Owners de quoi ça parle ?

Dans la campagne anglaise des années 90, Mary se retrouve malgré elle au milieu d’un cambriolage organisé par son petit ami et son meilleur pote. Une villa somptueuse ? Des personnes âgées ? C’est l’occasion de s’en mettre plein les poches. Mais les hôtes reviennent plus tôt que prévu et loin d’être inoffensifs,  entraînent les intrus dans une spirale où l’agresseur n’est pas celui qu’on croit.

The Owners, pourquoi c’est bien ?

the owners maisy williams

Lors de cette toute première diffusion à l’Étrange Festival, le scénariste de The Owners, Mathieu Gompel expliquait que son histoire était adaptée du comics de Herman et Yves H  Une nuit de pleine Lune.  La BD prend néanmoins dans ses mains un aspect entre home invasion et survival agrémenté, de plus, d’une approche anglo-saxonne, le film étant en Anglais et produit par nos voisins d’Outre-Manche. C’est d’ailleurs ce levier et le fameux cynisme britannique qui lui confère sa touche si particulière. Puisque derrière une histoire qui pourrait sonner comme une redite ou rappeler le très lourd ( et franchement sur-côté ) Don’t Breathe, The Owners  sort son épingle du jeu et sait organiser sa montée en tension avec finesse.

Alors que les premières minutes permettent de présenter des personnages à la moral plus que discutable et surtout Mary ( Maisy Williams dans un rôle qui  lui colle à la perfection), le jeu malsain qui s’installe permet aux spectateurs de pronostiquer sur la suite du programme allant dans un sens ou dans l’autre. Tantôt attachant et fragiles, tantôt complètement flippants, les propriétaires de cette grande maison savent manier la langue de Shakespeare avec aisance et faire de la politesse un élément d’angoisse omniprésent.

Puisqu’ici le choc des générations en prend un sacré coup alors que les fragiles victimes de ce home invasion désorganisé prennent en puissance et en substance. Le premier métrage de Julius Berg s’avère être un plaisir de bout en bout ne reniant aucun effet et osant aller au bout de son postulat. Si le cinéma d’horreur peut se vouloir parfois suggestif et psychologique ou préférer une violence crue, Berg choisit de gérer un entre-deux, tendu de bout en bout, se permettant quelques excentricités bienvenues ça et là sans jamais perdre son fil directeur.

Nous vous le disions le scénario a vécu une correction apporté par ses producteurs anglais. Comme se plaisait à l’évoquer le co-scénariste, là où les français se veulent toujours sérieux en tout propos lorsqu’il s’agit de genre et poussent les traits de la psychologie des personnages à leur sommet, les anglais eux savent toujours prendre le recul nécessaire pour s’en amuser. C’est aussi cette touche acide qui rend le métrage si jouissif où le décalage du ton et de l’action se mélangent en un bonbon raffiné pour tout fan d’épouvante. L’humour se sème avec finesse, intervient délicatement, le temps d’un sourire de décompression avant que les choses ne continuent de s’envenimer crescendo.

Il faut de plus ajouter que cette oeuvre dynamique sait écrire ses personnages, leur donnant une premier image qui se transforme à mesure que les minutes ne passent. Les antipathiques voyous des premières minutes se révèlent alors avoir bien plus de facettes qu’on ne pourrait le penser, tout comme le brave docteur toujours sous le charme de son adorable et diminuée épouse Ellen. Quelques sujets de société peuvent se glisser discrètement ça et là : l’inégale répartition des richesses, les relations toxiques, l’importance des apparences… sans pour autant étouffer l’oeuvre et contrarier sa dynamique première.

Si la bande-dessinée s’aventurait du côté du slasher, notre équipe choisit ici de prendre le chemin du survival mais garde la dynamique vitaminée propre à ce genre, tout comme dans son dernier temps du moins la glorification de son boogeyman. Moins pop que celui-ci, plus sombre, plus sobre mais tout aussi jusqu’au boutiste et délurée, ce “The Owners” s’avère être un plaisir franco-britannique parfaitement orchestré, joliment fait, réalisé et interprété sans aucune fausse note. A ne pas manquer, vous resterez bien prendre un doigt de thé ?

Bande-annonce