Buck Meek : cordage sentimental

Buck Meek au Point Ephemere Paris 2026 ©Kevin Gombert
Buck Meek au Point Ephemere Paris 2026 ©Kevin Gombert

Buck Meek aime à explorer les espaces. Mieux, il aime l’art en son sens le plus pure et la musique avec la même candeur. C’est sûrement cette approche qui fait de lui un merveilleux guitariste pour le groupe Big Thief. S’il avait été possible de douter des capacités du monsieur, il suffisait d’assister à la première Cigale de  Paris de son groupe en juin 2022. Un problème de vol avait laissé Buck sur le carreaux, laissant ainsi Adrianne Lenker livrée à  elle-même à la guitare. Et en son absence point d’union, point d’accord et de rythmiques entrainantes. La guitariste soude autant qu’il lead, de ces meneurs discrets, qui prennent le pas avec facilité. Alors que la constellation Big Thief est constituée de nombre de satellites et de projets menés avec des musicien.nes pluriel.les pour la beauté du jam, pour le plaisir de composer en équipes, il fallait bien que nos leaders prennent aussi des temps en solo. Pour Adriane Lenker, les essais furent à fleur de peau jusqu’à trouver un soleil quasi country sur « Bright Futur », ode à l’amour et à sa compagne Stacy. En matière d’amour et de temps solo, Buck, lui n’est pas en reste. Quatre jets peuplent déjà sa discographie. En 2023, ce petit soleil texan nous entrainait dans une folle promenade dans les hauteurs grâce à « Haunted Mountain ». Il y explorait, nous disait-il dans une interview qu’il nous accordait alors, le folklore de la vraie musique américaine. Quelle est-elle ? s’était-on interrogés, nous rappelant que les Etats-Unis sont avant tout une terre d’immigration, n’en déplaise à Donal Trump et ses milices. Il n’empêche que ce terreau riche puisque composé de peuples pluriels aujourd’hui unis sous une bannière étoilée avait donné naissance à des mélodies traditionnelles. Buck Meek y appose une réponse musicale, voyant en la country et la folk une forme de réponse traditionnelle mais revisitée. Le film oscarisé « Sinners » pourrait bien aller en ce sens tant la folk va répondre au blues comme un dialogue entre deux Amérique divisées par le racisme. La musique est vectrice d’histoire. Buck Meek, lui aime à raconter à les raconter. Mais pas seulement, il puise ses compositions dans les paysages, il aime donner de l’ampleur par l’attrait de la nature. La nature mais aussi les sentiments. En 2023, le musicien s’offrait un Hasard ludique de Paris pour défendre son avant-dernier né « Haunted Mountain » donc. Il emmenait avec lui son épouse, Germaine Dunes, également musicienne pour qu’elle officie en première partie. Le temps de son set, le regard du musicien ne la quittait alors pas une seconde. Un sourire immense aux lèvres, heureux, amoureux, fier. L’amour comme mot d’ordre. L’amour comme une confidence, une évidence, pouvait tout aussi bien hanter cette montagne. Mais il fallait aussi lui répondre et y réfléchir à travers son reflet.

Buck Meek, The Mirror : que reflète l’amour ?

Buck Meek est maintenant marié pour autant le chemin de réflexion sur l’amour ne s’arrête pas là. La vie n’est pas un simple conte de fée.  La route ne s’arrête pas à une simple cérémonie. Et cette réflexion en miroir, presque anthropologique va peuplé son nouvel album « The Mirror ». Ce miroir, est-ce celui sur lequel on s’essayait aux premiers baisers en se regardant jeune adolescent ? Un des titres du compositeur parle ainsi de ces instants. Celui-ci n’aura pas su se frayer un chemin jusqu’à l’album mais faisait bien partie des morceaux qui étaient pensé pour l’album en co-écriture avec Adriane Lenker. C’est du moins ce que nous explique Buck Meek à la fin de son set au Point Ephémère de Paris le 24 mars. Cette date lui permet de fouler également la dernière salle parisienne dans laquelle jouait le regrétté  Tucker Zimmerman. Autre collaboration de Big thief qui voyait en ce génie de la folk un mentor et un ami. Tucker et sa femme nous quittaient quelques mois plus tôt dans un incendie. Lorsque son nom est évoqué à Paris, Buck lui adresse ses voeux d’un repos en paix. Avec lui aussi, il s’était interrogé sur l’amour. Cette fois-ci, notre musicien explore en musique la véritable connexion entre deux personnes. Il repense la détérioration d’un lien. Il questionne les phases de l’amour, sa pluralité au sein d’une seule relation. Il prend note de l’intimité et avec sa délicatesse et ses compositions solaires il regarde pleinement le reflet des relations amoureuses. Ce miroir magique et imagé va chercher à se concrétiser par les mélodies. The Mirror est proche en matière de composition d’Haunting Mountain. On y retrouve la même énergie entre folk et country, cette façon lumineuse de faire de la musique douce. Le guitariste y soigne ses cordes, leur donnant une place prépondérante titre après titre. Comme toujours, cet opus paru le 27 février s’inscrit dans un travail collectif et on retrouve aux crédits : Alex Somers, Mary Lattimore, Germaine Dunes, Adriane Lenker et à la batterie, James Krivchenia également batteur de Big Thief.  Il ne reste donc plus qu’à se laisser entrainer dans ce nouveau périple et retrouver avec douceur la capacité à faire de jolies ritournelles de notre auteur comme sur « Ring of fire » qui entre si naturellement dans les esprits. De Gasoline qui fait démarrer l’album sur une note chaleureuse à Outta Body, conclusion d’un opus de 11 titres, Buck Meek rappelle toutes ses qualités de songwritter. Quand on se plonge dans ce reflet, on y trouve seulement le réconfort.


Adrianne Lenker - Credit : Germaine Dunes

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