Voilà quelques semaine qu’Emily in Paris lançait sa saison 5, à Rome cette fois. Avec cette nouvelle salve d’épisodes, les débats sur le web furent légion. Emily est-elle un personnage ennuyeux ? Reviendra-t-elle à Paris ? Mais non, Mindy et Alfie ? Sylvie est-elle la queen du show ? Certes mais la véritable question qui perdure est simple, pourquoi continue-t-on à regarder cette série ? Si sa légèreté est un bon argument, ma réponse est apparue comme une épiphanie. C’est parce que tout y beau. Les tenues, les paysages, les vêtements, les instants filmés comme des photos Insta. C’est esthétique et cet esthétisme est plaisant. Seulement voilà, au milieu de la beauté du luxe vient une question qui, elle, pose prolème. La beauté vient aussi des actrices et acteurs du show. Et leur beauté tient en une seule vision du corps : le corps mince voir maigre ou celui musclé de l’homme. Et Emily in Paris n’est pas le seul à être concerné, bien des célérités et films viennent poser leur pierre à cet édifice.  Tour de réflexions sur ce sujet qu’on voudrait d’un autre temps.

Emily in Paris Lily CollinsBody positivism : es-tu resté à Paris ? Es-tu à Rome ?

Dans les années 2000, la maigreur était le synonyme précis de la beauté. Kate Moss le disait d’ailleurs, elle qui en était l’image : « Rien n’a aussi bon goût que la maigreur ». De ce genre d’injonctions qu’on trouvait partout, ont découlé nombre de troubles du comportement alimentaire, en grande partie chez les jeunes-filles. Les pro Ana, pro anorexies donc, peuplaient le monde, prônant le plaisir de s’affamer. Exit la santé mentale, la santé tout court. Bienvenue aux douleurs de la faim, aux attentes démesurées sur le contrôle des corps. Et puis enfin, quelques années plus tard le body positif entrait dans nos vies. On avait le droit de s’affirmer, d’avoir des morphologies variées, les rondeurs ne devaient plus être vues comme une tare. Voilà qui laissait rêveur.euses, du moins pour un court instant.

Sylvie Emily in Paris saison 5Parce que la vérité était en fait toute autre, avec un retour rapide et tout aussi insidieux, de l’idée que la beauté était l’amie de la maigreur. Certes, il n’y a rien de mal à être mince, il n’y a pas à juger les corps, féminins en particulier en continue. Sauf qu’il serait bon de s’interroger sur l’injonction à la maigreur qui pousse à la maladie. Cette dernière elle, peut-être sévèrement jugée. A l’été 2025, Lily Collins, l’interprète d’Emily s’offrait un tapis rouge en crop top. L’évènement aurait pu ne pas marquer les mémoires, donner lieu à des photos parmi mille. Mais l’extrême maigreur apparente de l’actrice donna lieu à son lot de critiques. Tout le monde se permettait alors sur les réseaux sociaux d’y aller de son petit commentaire. Tout y passait, la qualifiant de moche, horrible même pour son absence de formes. Il est inconcevable et abjecte de juger de la sorte une personne, de chercher à la faire se sentir mal eut égard à son poids. Il est en revanche bon de se demander comment l’industrie cinématographique met la pression sur la corps féminin pour tenter de le forcer à n’avoir qu’un seul aspect : celui de l’extrême minceur. Et par la même de s’interroger sur l’impact que ce dictat, malsain, a comme conséquences sur les actrices, les musiciennes également, qui sont elles-mêmes des modèles. Pour Lily Collins, les conséquentes sont évidentes. L’actrice s’est déjà confiée à plusieurs reprises sur ses TCA, abordant le sujet comme une lutte permanente qu’elle gagne doucement mais jamais entièrement. Elle expliquait d’ailleurs : « Je fais une thérapie depuis des années et j’ai enfin l’impression de comprendre pourquoi j’ai permis à ces pensées sombres de dicter ma manière de vivre, ce que je pouvais manger ou ne pas manger pas et les restrictions que je m’imposais. ».  Le fait de l’aborder en public est non seulement un pas important mais une intention qu’il faut louer. Dans les années 2000 lorsque Nicole Richie était elle-même malade et anorexique, la presse la moquait et elle n’avait de cesse de taire et nier son trouble. Il est primordial de ne pas juger les personnes qui en sont atteintes, de ne pas pointer du doigt une maladie entretenue par la société. Mais au même titre et sans violence, il est important de ne pas porter la maladie comme un critère esthétique. Parce que ces personnages qui sont les modèles du public finissent par déteindre sur lui, le faire se détester, créer des angoisses et des douleurs. Ainsi Alfie et ses muscles (et sa petite phrase : « tu devrais me voir sans t-shirt »), Mindy et sa minceur, Sylvie (certes sublime à 60 ans et représentante importante contre l’âgisme) et son corps très mince, ou encore Marcello et ses muscles saillants, constituent à eux tous un casting qui ne laisse pas place à la nuance. Pour être beau dans « Emily in Paris » il n’existe qu’un type de corps. Et comme dans « Emily in Paris » tout est beau, l’association d’idée est autant alarmante qu’évidente.

De Kate Winslet au casting de Wicked

Kate Winslet est aujourd’hui devenue un visage marquant dans le concept de l’acceptation de corps pluriels. Non pas que l’actrice n’ait jamais été en surpoids, loin de là. Et pourtant en 1997, lorsque le film « Titanic » sortait, les critiques presse se permettait de constamment juger de son corps. Certains s’amusaient même à titrer qu’elle avait fait couler le Titanic. Les interviewers s’en donnaient à coeur joie, osant l’interroger sur ses formes, cherchant à la faire se sentir mal. Depuis, l’actrice revoit ces images avec toute la violence qu’elles comportent. Elle n’hésite pas à s’exprimer sur le harcèlement monstrueux subit par une si jeune actrice alors, jugée, pointée du doigt pour ne pas avoir été maigre. Mince, elle l’était pourtant mais rien ne semblait être assez bien. Ni son immense talent, ni sa beauté, ne son intelligence. Rien ne suffisait. Le même recul vient toucher l’image que l’on a de Bridget Jones interprétée par Renée Zellweger. Elle était alors vue comme une femme grosse, c’était même le thème du film. Les images montrent bien que la réalité était toute autre. Il n’empêche que l’actrice avait pris du poids pour ce rôle.  Voilà qui était même vu comme ambitieux.  Il en va de même pour Natalie dans « Love Actually » (Martine McCutcheon) alors qualifiée dans le film de « bouboule ». Elle était en réalité sublime dans ce classique et représentative de nombre de femmes du même gabarit qui ne pouvaient que s’en sentir insultées.

Bridgerton PenelopeEntre temps, les choses évoluent puis régressent simultanément. La saison 3 des « Chroniques de Bridgerton » aura par exemple permis au personnage de Penelope, elle-aussi jugée sur son poids de s’offrir un happy ending. Mieux encore, l’excellente Nicola Coughlan, qu’on adore aussi pour la série « Derry girls » s’y dénudait face à une caméra qui la montrait comme la belle femme qu’elle est. Interviewée sur le sujet, alors qu’on lui demandait si elle se sentait représentante de « ces femmes là », elle répondait avec brio,  » Des femmes qui ont une superbe poitrine ? » Cette mise en avant de Penelope comme d’un personnage beau et sexy suivait de loin  une première saison qui idéalisait Daphné, extrêmement mince soeur ainée des Bridgerton.

Mais qu’est-il arrivé à Ariana Grande ?

Le body positivism a-t-il perdu en importance avec l’arrivée de l’Ozempic sur le marché ? Nombre de stars, ayant des formes ont mystérieusement fondues depuis sa mise sur le marché. Lana Del Rey, ayant pris quelques kilos ces dernières années, se retrouvait ainsi très amincie, idem pour Adele. Certes, aucune ne vient clairement vanter les mérites du médicament anti-diabète, il n’empêche que les rumeurs vont bon train. Et que nombre de commentateurs les pensent fondées.

Ariana Grande WickedC’est pourtant dans la course à la maigreur, le casting de « Wicked » qui a fait le plus parler de lui. Affolant les fans, la toile, les rageux, les commentateurs des corps. Avec la sortie de « Wicked 2 : wicked for good », la star de la pop, Ariana Grande est constamment mise en avant. Il faut dire que la super star avait, bien avant sa participation à la comédie musicale, une fan base des plus investie. Alors photo après photo, on assistait à sa transformation physique, sa maigreur se développer, ses côtes saillantes et ses joues se creusant plus à chaque nouvelle intervention. Là encore les commentaires sont allés bon train. Doit-on toujours commenté le corps des femmes ou simplement laisser à chacune la possibilité d’être bien quelque soit sa morphologie ? Il va de soit que commenter le corps d’Ariana Grande comme celui de sa comparse Cynthia Erivo, elle aussi amaigrie dans ce nouveau volet, avec le simple besoin de les shamer est contre-productif, mesquin et inutile. Mais, à travers ces images bombardées à la vue d’un public parfois jeune et influençable les interrogations et craintes se multiplient. Les deux actrices sont-elles les premières victimes d’un système dans lequel la quête de la maigreur serait primordiale au détriment de leur santé ? Peut-on sans dénigrer ces femmes offrir des modèles qui auraient également d’autres formes pour rappeler qu’il n’existe aucune beauté unique et que celle-ci ne doit jamais être conditionnée à l’utilisation d’un médicament qui à termes pourrait mettre leur santé et celles de celles et ceux qui souhaitent leur ressembler en danger ?

L’heroin chic, cette mode des années 2000 dont nous parlions plus haut est-elle en train de faire son retour ? Avec l’air des réseaux sociaux, plus présents que jamais, les dangers sont énormes. Le risque d’inciter à l’anorexie ou au plus grand mal-être les adolescentes souvent influençable est palpable. Cette mode dans les années 2000 est responsable de nombreux cas de dysmorphie qui perdure dramatiquement à l’âge adulte. La honte, les complexes sont toujours là. Et s’il ne faut jamais combattre une personne en raison de son poids, qui soit ou non élevé, il faut toujours garder une véritable vigilance sur le sujet. A grand pouvoir, grande responsabilité. La célébrité est un pouvoir et offre un rôle de modèle à celles et ceux qui l’acceptent. C’est aussi pour ça qu’il est important pour des artistes de grande notoriété de parler politique, engagement et de sensibiliser. L’art, la musique, le cinéma, sont les étendards de grandes causes et porteurs d’évolutions primordiales dans la société. Il est essentiel de garder une vigilance réelle et de ne pas romantiser l’anorexie, qui est une maladie grave. Ariana Grande avait répondu aux attaques en 2024 : « Il y a une certaine aisance que nous ne devrions absolument pas avoir : celle de commenter l’apparence des autres, ce que nous pensons qu’il se passe en coulisses, ou leur santé. » Il est vrai que même les célérités ont le droit à leur intimité et d’être seuls maîtres et maîtresses de leurs corps. Il faudrait néanmoins que toute la société prenne le pli de changer de regard sur la beauté des corps, de l’accepter pluriel. Et de laisser même aux célébrité la possibilité de travailler ou non leur corps idéal, sans plus avoir peur des critiques.


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