L’adolescence, un sujet traité à maintes reprises par Hollywood et consorts. Souvent du point de vue même de l’adolescent.e, tel que perçu par un adulte. Un univers vu comme coloré, parfois douloureux, toujours idéalisé. Mais rarement juste et réaliste. Pourtant tout bascule avec la série Adolescence, nouvelle création de Jack Thorne et Stephen Graham diffusé sur Netflix. Nombreux.ses sont celles et ceux à parler de la meilleure série de la plateforme depuis longtemps. Quatre épisodes à fleur de peau composent cet objet à part et hors cases. Entre horreur dans le quotidien, empathie et prouesse technique, le show a effectivement mis la barre très haut. Ou comment un fait divers monstrueux peut hypnotiser et horrifier avec une seule question répétée en boucle, pourquoi ? Après quelques jours de réflexion suite à son binge-watching, on vous en parler.
Adolescence, de quoi ça parle ?
Lorsqu’un ado de 13 ans est accusé de meurtre, sa famille, une psychologue clinicienne et l’inspecteur chargé de l’affaire se demandent ce qui s’est vraiment passé.
ADOLESCENCE, EST-ce que c’est bien ?
La presse, les internautes (avec tout de même une note de 4/5 sur Allocine), tout le monde semble être unanime concernant la nouvelle série Netflix. Son tout premier épisode y est certainement pour beaucoup. Le show se découpe en 4 épisodes, tous tournés en plan séquence. Ils ont tous été en effet réalisés sans que la caméra ne soit jamais coupée, laissant l’action défiler de bout en bout. Une prouesse d’autant plus magique qu’elle permet de se retrouver jeté dans l’intrigue sans jamais avoir le temps de reprendre son souffle. Le procédé va d’ailleurs permettre de nous identifier à la famille Miller dont le quotidien bascule du jour au lendemain dans l’horreur. Imaginez un peu, un beau matin, la police enfonce votre porte et embarque votre fils de 13 ans en l’accusant de meurtre. Ce réalisme c’est ce qui est le plus voulu par le réalisateur. Ce dernier racontait comment plusieurs faits divers, des assassinats de très jeunes adolescentes par des garçons de leurs âges l’avaient inspiré. Avec cette question en tête : pourquoi ?
Qu’est ce qui pousse un garçon si jeune à poignarder une jeune fille ? Les adultes sont-ils complètement largués par les évènements ? Les écrans et réseaux y sont-il pour quelque chose ? Quel est le pouvoir des réseaux sociaux ? Quel est le regards des jeunes sur la masculinité ? Comment se voient-ils en tant qu’hommes ? Ces questions sont traitées tour à tour et on ne peut que féliciter l’équipe et sa capacité à les dépeindre sans cliché, sans lourdeur, sans avoir la prétention de tout savoir et en prenant tous les regards adultes entourant ce monde si difficile d’accès. En ça, Stephen Graham ( dans le rôle d’Eddie Miller, le père de Jamie) livre une performance bluffante. Son écriture, très pointue, son évolution, ses incompréhensions mais surtout ses doutes quant à sa part de responsabilité dans les épreuves traversées sont autant d’atouts pour la série. Tout comme c’est le cas de Christine Tremarco, parfaite dans le rôle de Manda Miller, mère au combien réaliste dont la détresse et le besoin de garder le cap dans ce tourbillon ne peut qu’inspirer la plus grandes des empathies.
Vous le lisiez (sûrement) partout la question du pourquoi est ici plus importante que celle du qui ? C’est à la fois vrai et faux. Le premier épisode nous prend au tripes comme la famille Miller, sortie du lit à 6 heures du matin. Et rien ne nous est épargné. On suffoque avec elles et eux, on doute, on s’interroge, on refuse. La candeur d’Owen Cooper (Jamie Miller), le jeune protagoniste qui livre ici une performance spectaculaire pour son premier rôle, nous donne l’envie de le protéger de ce monde. Comment associer ses tâches de rousseurs et ses larmes à un crime sanglant ? En ça le premier épisode est éprouvant de bout en bout et il y a fort à parier que vous le finissiez les larmes aux yeux.
Adolescence, minute par minute
Chaque épisode va par la suite se concentrer sur une nouvelle partie de l’intrigue, avançant dans la temporalité pour raconter les conséquences de chaque action, se focaliser sur chaque personnage toujours en plan séquence. Dans le registre, la fin de l’épisode 2 avec une caméra qui finit sur un drone mérite qu’on applaudisse de toutes nos forces la beauté de réalisation. Le « mouvement » INCEL, ces hommes célibataires qui détestent les femmes et les blâment pour une règle de leur invention, le 80/20 (selon laquelle 80% des femmes s’intéresseraient à seulement 20% des hommes) est évoqué. Il est à l’origine de bien des haines, une image déformé que peuvent avoir certains hommes d’eux-même et crée une incompréhension du rejet jusqu’aux pires retranchements.
La place d’Instagram dans les rapports adolescents est également mise en cause, toujours avec juste mesure. Comment une idéologie, on ne peut plus fausse, peut-elle atteindre des enfants si jeunes et les convaincre qu’ils sont concernés ? Voilà l’une des thématiques sur laquelle se penche Adolescence. Et la série se retrouvera à débattre avec force de la place de l’image de soi dans un groupe scolaire harcelant au collège comme au milieu des réseaux sociaux. Puisque aujourd’hui la cloche qui retentit et sonne la fin des cours n’est plus une frontière pour laisser aux adolescents le luxe de souffler. Face à tout ça, l’impuissance des parents et des adultes se vit continuellement comme un douloureux choc, un mur infranchissable.
Psychologie de l’adolescence
Pourtant la phrase la plus marquante de l’épisode 2 qui se déroule dans l’école et donc au milieu de nos sujets, sera prononcée par la policière en charge de l’enquête. Le fait que seul le suspect marquera les esprits et que la victime elle, sera immédiatement oubliée par le plus grand nombre. Quand on voit l’obsession qui grandit aujourd’hui pour les tueurs en série, on ne peut que lui donner raison. Non que le sujet ne puisse intéresser, évidemment, mais qu’il ne faut pas déifier les bourreaux en oubliant leurs victimes. Et cette même inspectrice Frank (Faye Marsay) sera souvent oubliée, mise de côté, au profit de son collègue masculin, le détective Bascombe (Ashley Walters). Comme un miroir de l’intrigue qui plâne tout autant sur l’âge adulte. Quel exemple donnons-nous alors ?
A mesure que les quatre épisodes avancent certain.es seraient tenté.es de lui trouver des temps longs. Il faut dire que la série Adolescence ne cherche jamais à avoir un rythme soutenu. Au contraire, la psychologie des personnages y est centrale. Très théâtral, le troisième épisode, aura lieu en un temps et en un seul lieu. Tête à tête éprouvant et fascinant, il joue d’un rythme effectivement lent, pour mieux décortiquer l’horreur. C’est d’ailleurs le premier qui a été tourné par l’équipe. Un tour de force puisque toute la puissance de l’épisode repose sur ses dialogues et que donc, la caméra ne coupe jamais. Cet entretient avec une psychologue permet de mieux décortiquer, de répondre à un grand nombre de questions, mais jamais à toutes, comme c’est le cas dans notre réalité.
Pour obtenir le résultat souhaité, chaque épisode aura finalement été tourné entre 10 et 15 fois. Le tout a demandé à son très jeune acteur de toujours bien entrer dans son personnage. Enfin, il reste un épisode à la série pour conclure son histoire mais aussi parler des conséquences sur la famille.
« Adolescence » est récit glacial, difficile, loin du feel good movie et des programmes plus mainstreams auxquels Netflix nous a habitué. La série n’en est pas moins une claque aussi obsédante que propice aux nombreux débats. Certain.es en profitent d’ailleurs pour tenter de ramener l’intrigue à des questions (bien dégoutantes) entre racisme et immigration. Mais tout est bon pour n’avoir que ce sujet en bouche. Celles et ceux-là passent largement à côté du sujet central de la série bien plus riche. Entre déconnexion avec le monde adolescent, image de la masculinité qui se véhicule de père en fils, violences qui en découle, influence des réseaux sociaux, les questions y sont abouties et ne cherchent pas à blâmer un fautif unique qui serait l’étranger. Au contraire nous dit le show, absolument tout le monde, pourrait être concerné par pareille histoire. Adolescence restera de ces O.V.N.I complexes qui ne parleront pas à tout le monde. Pourtant son travail de mise en scène comme la force émotionnelle de son récit resteront en mémoire comme une véritable révolution du côté du petit écran.
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