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Alexandre Bertrand

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Swann Arlaud et Maud Wyler dans Perdrix
Copyright Pyramide Distribution

Après avoir enchanté la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2019, le premier film d’Erwann Le Duc, Perdrix, était projeté dans le cadre du Club 300 d’Allociné avant sa sortie prévue le 14 août 2019. L’occasion pour Pop&Shot de se faire une idée sur cette comédie amoureuse portée par Swann Arlaud, Maud Wyler, Fanny Ardant et Nicolas Maury. Critique

Perdix : De quoi ça parle ?

Maud Wyler et Swann Arlaud dans Perdrix
Copyright Pyramide Distribution

Pierre Perdrix vit des jours agités depuis l’irruption dans son existence de l’insaisissable Juliette Webb. Comme une tornade, elle va semer le désir et le désordre dans son univers et celui de sa famille, obligeant chacun à redéfinir ses frontières, et à se mettre enfin à vivre.

Ainsi, de prime abord, la trame de Perdrix se présente comme celle de n’importe quelle comédie romantique.  Le personnage principal voit son quotidien bouleversé par l’arrivée de ce qui va devenir son love interest et qui va remettre en cause ce qu’il croyait établi jusque là. Le canevas est rodé depuis l’age d’or des comédies romantiques dans les années 1990. Pour se démarquer donc, il faudra donc innover soit sur la forme, soit sur le fond. Et justement c’est là que Perdrix se distingue…

Car on ne sait pas forcément à quoi s’attendre quand on se rend compte que la comédie amoureuse mettra en scène un capitaine de gendarmerie dépassé (Swann Arlaud), une grande voyageuse perdue( Maud Wyler), une animatrice radio qui n’émet quasiment que pour elle( Fanny Ardant), un biologiste fan de lombrics qui peine à transmettre sa passion ( Nicolas Maury) mais aussi un groupuscule d’activistes nudistes et un tank garé en double file devant la gendarmerie ! Le tout dans des paysages vosgiens  mis en valeur par la caméra d’Erwann Le Duc. La première qualité de ce premier film est très clairement de dynamiter nos attentes. Mais pour quel résultat ?

Perdrix : Est ce que c’est bien ? 

La famille Perdrix au grand complet incarnée par Fanny Ardant, Nicolas Maury, Patience Munchenbach et Swann Arlaud
Copyright Pyramide Distribution

Au rayon des qualités de Perdrix, tout d’abord il y a son ton ainsi que sa façon de manier l’humour. Sortant du sentier battu du commun de la production comique tricolore, la comédie amoureuse surprend dès le début en s’attelant à user de l’absurde et du loufoque pour dépeindre sa galerie de personnages croquignolette. Mais toujours avec bienveillance et tendresse. Il ne s’agit pas de rire d’eux ni avec eux mais bien d’égayer à intervalles réguliers la progression des personnages tout au long du film.

En effet, une autre grosse qualité de Perdrix est la sensibilité qui émane de la comédie amoureuse du début jusqu’à la fin. Loin d’un prétexte à une succession de gags loufoques, doucement, délicatement, sans forcément s’y attendre, le film nous parle du plus noble des sentiments, l’amour, à travers l’évolution de chacun des membres de la tribu Perdix. L’amour d’un gendarme moteur (pas forcément) contre son gré d’une famille dysfonctionnelle pour une jolie tornade qui vient chambouler le quotidien de sa torpeur vosgienne. L’amour que continue de porter une mère de famille au souvenir d’un mari décédé depuis de très nombreuses années. L’amour d’un père célibataire pour sa fille adolescente qu’il couve et qui est d’ores et déjà plus mature que lui.

Sans dévoiler les péripéties qui animent la petite ville de province dans laquelle on trouve tout aussi bien un groupe de nudistes révolutionnaires que des soldats d’opérette cherchant le chemin de leur champ de bataille fantasmée, comme dans toute bonne histoire, les personnages principaux vont évoluer. L’arrivée de la truculente Juliette Webb ( Maud Wyler) va ainsi pousser, pour différentes raisons les membres de la famille Perdrix ( Swann Arlaud, Nicolas Maury, Fanny Ardant et Patience Muchenbach) à sortir de leur zone de confort et à s’affirmer mais aussi et surtout accepter. Accepter qui ils sont et ce qu’ils désirent. Il est particulièrement bien trouvé, par exemple, que la situation bascule définitivement entre les personnages de Maud Wyler et de Swann Arlaud, une fois qu’ils se seront mis à nu en se déclamant leurs portraits respectifs au visage l’un de l’autre.

Un esprit chagrin pourrait toujours dire que, malgré tout, l’enjeu principal, dissimulé sous quelques effet que ce soit, reste quand même, au bout du compte et pour l’essentiel, de savoir si personnage principal 1 finira avec personnage principal 2 et comment il va y parvenir. Mais on ne pourra qu’apprécier l’originalité le ton et le joli message du film. Une belle petite pépite tricolore que cette comédie amoureuse qu’est Perdrix.

 

Grace au Club300 d’Allociné, El Reino, le dernier film de Rodrigo Sorogoyen a pu être présenté au Forum des Images, précédé de son succès retentissant aux derniers Goyas (7 trophées pour 13 nominations!). Un thriller politique dans l’Espagne du milieu des années 2000 comme nouveau projet porté par Sorogoyen et de la Torre, respectivement réalisateur et tète d’affiche de l’excellent Que Dieu nous pardonne sorti en 2017 : Pour un même résultat? Critique.

Affiche d’El Reino
Copyright Tornasol Films

De l’autre coté des Pyrénées, pour peu de s’intéresser un peu à l’actualité, il n’est pas rare depuis plusieurs années d’entendre parler de scandales politico-financiers impliquant tel ou tel grand parti espagnol, au pouvoir ou dans l’opposition. Un peu comme dans notre beau pays en somme. Du coup, le synopsis de El Reino peut interroger sur son originalité, mais il suffit de se rappeler du précédent film de Sorogoyen pour clairement se laisser tenter et accepter de sortir de sa zone de confort.

El Reino : De quoi ça parle ? 

Copyright Tornasol Films

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu’il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal…

C’est l’un des grands avantages du film de Sorogoyen que de toujours nous faire suivre l’intrigue à travers les yeux de Lopez-Vidal, personnage introduit comme quelqu’un d’important qui se verra bien assez vite tombé dans la nasse d’un scandale politique qui va finir par le dépasser. Instinct de survie ? Volonté de liberté? C’est bien pour la première option que le personnage principal, efficacement interprété par Antonio de la Torre va poursuivre une véritable (en)quête pour découvrir les tenants et les aboutissants du scandale dans lequel il n’était au départ qu’un pion. On est loin des « Hommes du Président » dans « El Reino« , car si on finira par en apprendre un peu plus sur le scandale, ce n’est pas dans une optique de rédemption ou d’un idéalisme quelconque. Non, le personnage de Lopez-Vidal est un politicien pourri, avide de pouvoir, qui veut le garder et cherche juste à sauver, d’abord sa place puis sa peau.  A travers cette quête, Sorogoyen se charge de nous livrer un portrait au vitriol de l’Espagne contemporaine.

El Reino : Est ce que c’est bien? 

Copyright Tornasol Films

Passé la scène d’introduction d’El Reino exposant finement les liens et caractéristiques des principaux  personnages au cours d’un repas, les minutes suivantes paraissent bien longues et peuvent laisser perplexes. Va t-on assister tout au long du film, au parcours de Lopez-Vidal, politicien expert en coup bas dénouant intrigues et complications pour le bien de son mentor et de son parti? On se dit alors qu’El Reino va être une sorte de « House of Cards » espagnol et si le quatrième mur ne sera pas brisé, on suivra caméra chevillé au corps du personnage de de la Torre évoluer dans les méandres de la politique espagnole. Musique techno entêtante en fond sonore à chaque franchissement de couloirs, on finit dans un premier temps par se perdre dans ce quotidien mouvementé d’un homme politique ambitieux parlant à mots couverts avec ses interlocuteurs de sujets dont le spectateur ne sait (encore) rien.  Et c’est bien là, qu’est le premier coup de maître de Rodrigo Sorogoyen.

Convaincu de ce à quoi il assiste, dans ses petits souliers, le spectateur suit donc le premier tiers du métrage en se croyant en terrain conquis. Jusqu’à ce que … Ses convictions en même temps que celles du personnage principal commencent à vaciller… Et la mise en scène de continuer à entretenir cet état d’incertitude de dont il va être question pour le reste du film. Tentant de se sauver comme il peut, Lopez-Vidal cherche à dissimuler pendant de longues minutes un objet…qui finira par être découvert par la police. Le salut du personnage principal passe par l’enregistrement de la confession d’un de ses amis? Cela ne se passera pas comme prévu… Sorogoyen joue et déjoue les attentes du spectateur en faisant monter efficacement la tension lors d’une poignée de scènes au suspense palpable et efficace pour mieux les désamorcer en quelques secondes. De l’art du contrepied permanent pour brouiller les attentes du spectateur.

El Reino : La forme au service du fond

Copyright Tornasol Films

D’un point de vue technique, la succession de contrepieds proposés par le metteur en scène madrilène permet de capter et de garder l’attention du spectateur. Il s’agit aussi de tenir un propos, bien sombre au demeurant, sur l’Espagne du début du XXIème siècle. Car si Lopez Vidal semble en mesure de révéler le fin fond du scandale dans lequel il était partiellement impliqué dans les dernières minutes du film, cette attente du spectateur est encore une fois déjoué. Après une scène de course poursuite vraiment prenante et impressionnante dans sa mise en scène toute en tension, Lopez-Vidal se présente à un personnage qui peut révéler la vérité et lui sauver la mise. Sauf que…

Un monologue final va conclure El Reino en prenant pour la dernière fois le spectateur à contrepied. Non, il ne s’agit pas d’une version espagnole de « La Firme« . Non, il ne s’agit pas de rédemption ni de vérité triomphante. Ce à quoi nous a fait assister Sorogoyen, avec son quatrième film, c’est à un véritable cri du cœur désabusé sur l’état de son pays. Un pays dont le système politique est corrompu jusqu’à la moelle, ou aucune solution ne semble poindre à l’horizon ( le personnage principal et son interlocuteur final se renvoient la balle comme s’ils ne se comprenaient pas). Un constat puissamment asséné avec un monologue final qui fait réfléchir bien après le générique de fin…

PIFFF Affiche de la huitième édition

Du 4 au 9 décembre 2018, la huitième édition du PIFFF ( Paris International Fantastic Film Festival) s’est déroulée au Max Linder Panorama. Alors que le tumulte des Gilets Jaunes gagnait les Grands Boulevards, les spectateurs n’ont pas manqué l’occasion de pouvoir profiter d’une bonne fournée de films de genre(s). 

Paris avait de nouveau droit à son festival de film fantastique pour la huitième année consécutive du PIFFF . Au programme, une compétition de huit films ( Piercing, Tous les dieux du ciel, Await further instructions, Terrified, The unthinkable, Girls with balls, Freaks et Achoura), la plupart étant des premiers ou seconds courts métrages de cinéastes venus des quatre coins du monde. Des vieux classiques à découvrir ou redécouvrir sur grand écran ( L’Homme qui rétrécit, Vorace, Halloween III, Next of kin et Maniac) et de nombreux films hors compétition ( Assassination Nation, Ne coupez pas!, The blood of wolves, In fabric, Punk Samourai Slash Down, Lords of chaos, Puppet Master : The Littlest Reich, The man who feels no pain, What keeps you alive, We et enfin Sorry to bother you).

PIFFF 2018 : Une ouverture de festival en deux temps

Les quatre héroines d’Assassination Nation en proie aux habitants de la ville de Salem
Droits réservés : Universum Film

Comme le dira un peu plus tard au cours du festival Cyril Despontin, délégué-coordinateur général du PIFFF :  » Paris brûle mais on s’en fout, on regarde des films d’horreur!« . Une belle note d’intention. Pour la soirée d’ouverture était prévue deux films « Assassination Nation« , brûlot présenté comme anti Trump et  » Ne coupez pas!« , auréolé d’une réputation flatteuse suite à un succès surprise au Japon, grâce uniquement à un bouche à oreille réussi.

« Assassination Nation« , second film de Sam Levinson ( fils de Barry ), bénéficiait d’une certaine « hype » pour son avant première avant sa sortie le lendemain dans les salles françaises. Une hystérie collective à Salem en 2018 suite à une histoire de fuite de données et un groupe de jeunes filles vues par la population comme des sorcières 2.0. De quoi parler réseaux sociaux et vernis social d’une Amérique trumpienne prêt à craquer, à l’instar d’un sympathique « Tragedy Girls« , projeté l’an dernier. Malheureusement, de bonnes intentions ne font pas tout… Surstylisée à l’excès, Assassination Nation se perd un peu en chemin dans sa narration. Le plus grand défaut du film étant son ellipse de ce qui aurait été le plus intéressant à montrer ( la paranoïa et le chaos grandissant dans Salem suite aux révélations faites par la fuite des données).

Doté d’une critique un peu vieillotte d’Internet digne d’un épisode des Experts : Cyber et énonçant ses influences de façon trop éloquentes, au sens propre comme au sens figuré, Assassination Nation déçoit quelque peu. Ce qui est d’autant plus dommage, qu’il comporte des fulgurances comme une scène d’intrusion dans la maison d’une des héroïnes, une scène d’ébat pleine de maladresses entre deux ados ou bien encore un monologue sur la sexualisation supposée et excessive des images. Une petite frustration donc pour commencer le festival qui va être très rapidement effacé par  la projection de « Ne coupez pas!« …

Affiche de Ne coupez pas! / One cut of the dead

Le fameux « Ne coupez pas!« , comme a pu le présenter Fausto Fasulo, coordinateur artistique du festival, ne présentait pourtant pas les atours les plus attrayants : found footage (encore?!), film de zombies (re-encore?!)… Mais passé l’effroi des premières minutes ( « mais qu’est ce que c’est que ça? » pouvait-on entendre chuchoter parmi les spectateurs), le film de Shinichiro Ueda s’avère être une oeuvre généreuse, véritablement hilarante et une véritable déclaration d’amour aux artisans du cinéma. Le film devant être a priori disponible en France au printemps 2019 et sa réussite tenant dans la surprise, rien ne sera dit de plus pour ne pas gâcher le plaisir des futurs spectateurs.

PIFFF 2018 : Une compétition hétérogène avec un vainqueur incontestable !

Estelle (Melanie Gaydos) dans Tous les dieux du ciel, une des claques du PIFFF 2018

La compétition a commencé avec la diffusion de l’attendu Piercing, adaptation du roman de Ryu Murakami, auteur d’Audition dont l’adaptation par Takashi Miike il y a une petite vingtaine d’années avait marqué les esprits. La mise en scène est assurée par Nicolas Pesce, le réalisateur du remarqué The Eyes of My Mother, dans une esthétique lorgnant (trop?) sur les 70’s. Cette histoire d’un homme, bien sous tout rapports mais perdant peu à peu pied, la faute à des pulsions meurtrières qu’il ne contrôle presque plus et qui aimerait les défouler sur une call girl a tout d’une histoire que l’on espère délicieusement vicieuse. Extrêmement pertinent dans son exposition et dans la façon dont la mécanique mise en place par Reed ( joué Christopher Abbott) s’enraye progressivement, le film finit par pêcher par quelques longueurs (un comble pour un film de 82 minutes!) quand les rôles commencent à s’inverser et que le personnage de Mia Wasikowska ( très belle performance de cette dernière au demeurant) prend toute son envergure. Las, le film s’arrête même là ou son dernier acte aurait du commencer. Une fin pour prendre le spectateur à contre-pied? Peut être, mais d’une façon laissant drôlement sur sa fin.

Un sentiment bien loin de l’impression laissé par Tous les dieux du ciel, le long métrage de Quarxx, version longue de son court primé dans de nombreux festivals. Bénéficiant d’une ambiance comme on en voit rarement, le film a le mérite d’être original et d’aller au bout de l’histoire qu’il veut raconter, donnant une belle note finale à ce qui reste l’histoire d’un frère et d’une sœur plongée dans une ambiance de fin du monde prenante. Un film qui marque et qui reste assurément en mémoire.

De famille, il est aussi question dans Await further instructions, deuxième long métrage du britannique Johnny Kevorkian. Ou plutôt de famille dysfonctionnelle. On ne peut rater l’occasion de citer Fausto Fasulo qui en présentant le film a dit de lui  » qu’il parlait de la pire chose qui soit dans la vie : la famille! ». Chacun pourra méditer là dessus quand il sera coincé sur sa chaise entre les différents plats au réveillon de Noel… Racontant l’histoire d’une famille bloqué sans raison dans son pavillon à l’occasion du réveillon, Await Further Instructions est doté d’une bonne montée en tension en ménageant habilement son suspense, on ne sait véritablement pas ce qui se passe et vers quoi le film veut nous emmener pendant une très grande partie du métrage. Malheureusement, des relations entre membres de la famille animées de ficelles un peu grosses et une certaine confusion vers la fin du film amoindrissent l’impact d’Await Further Instructions. Mais pas de quoi rejeter ce bon effet de style, sorte d’épisode de « Black Mirror » qui aurait été réalisé par Cronenberg. A voir dès qu’il sera disponible.

En contradiction totale avec le titre de cette partie, place maintenant à « Terrified« , clairement le long métrage le plus faible de la compétition, et du PIFFF 2018 par la même occasion. Ce « wannabe Blumhouse Productions » avec son horreur circonscrite dans un bout de pavillon de banlieue de Buenos Aires, des jump scares prévisibles et une interprétation hasardeuse de la part de son casting ne marquera pas franchement les esprits. A voir ce que donnera le remake U.S d’ores et déjà annoncé ! Il est vrai que l’horreur « à la Blumhouse » marche bien, commercialement parlant…

The Unthinkable, premier long métrage du collectif Crazy Pictures, est impressionnant quand on pense que son budget est à peine de 2 millions d’euros. Maîtrisé de bout en bout, notamment visuellement, le film pêche par un personnage principal particulièrement impulsif et égoïste ( sans dépasser celui de John Cusack dans 2012 sur ce point mais presque) auquel on peine clairement à s’attacher et à une menace qui aurait gagné à rester dans le non dit, à l’instar d’un Tomorrow when the war began, sorti il y a quelques années, plutôt que de verser dans une Aube Rouge à la suédoise. Au vu des nombreuses qualités de ce coup d’essai, ce collectif est assurément à suivre pour les prochaines années.

L’équipe des Falcons en mauvaise posture dans le fendard Girls With Balls

Fun, hystérique et outrancier. Voilà trois adjectifs, voire qualités qu’il est très facile d’apposer au premier long métrage d’Olivier Afonso : Girls with balls , l‘histoire d’une équipe de volleyeuses perdue dans les bois et traquer par des rednecks consanguins. Avec une énergie folle, sans temps mort, ne se prenant jamais, mais alors jamais une seconde au sérieux, agrémenté de caméos savoureux, le film d’Afonso vient percuter le genre à la française en brouillant les pistes entre gore et comédie. Inégal mais rafraîchissant, c’est le moins qu’on puisse dire. Et clairement la palme de la meilleure ambiance dans la salle lors de la projection cette année tout au long du PIFFF.

La grande réussite incontestable de la compétition vient de Freaks du duo de réalisateurs Lipovsky et Stein, à l’origine du reboot de Leprechaun ou bien encore de l’adaptation du jeu vidéo Dead Rising. Ce film tenant, lui aussi, à la révélation de ce qu’est vraiment la petite Chloé ( Lexy Kolker) protégé plus que de raison par son père ( Emile Hirsch) en étant confiné dans une maison décrépie, pas trop de détails ne sera donné sur ce film. La réalisation du duo Lipovsky-Stein couplé à un script malin et enfin interprété solidement par son casting ( Bruce Dern fait aussi partie de la distribution) met particulièrement bien en valeur son histoire et joue avec des codes déjà vus ailleurs à une toute autre échelle mais apporte une simplicité rafraîchissante à l’ensemble avec des enjeux à hauteur de ses personnages.

L’incontestable réussite du PIFFF cette année : Freaks
Droits réservés : Freak Productions

Une bien belle réussite enthousiasmante que ne viendra pas contester le dernier film de la compétition Achoura, deuxième film de Talal Selhami pourtant généreux tant dans sa forme que dans son fond. Mais un « development hell » malheureusement parfois visible à l’écran, une interprétation inégale et des influences pas toujours bien digérées ( Stephen King) contrebalancent trop une esthétique toujours impeccable et une créature absolument superbe. De bien belles qualités néanmoins pour ce conte horrifique franco-marocain.

PIFFF 2018 : Le ciné de genre tricolore en a sous la semelle !

Petit focus sur la production tricolore. S’il est bon ton de dire que le cinéma de genre à la française a de grosses difficultés et que les différentes déclarations, de part et d’autre, tout au long du festival viennent confirmer cela, force est de constater que la qualité, elle était au rendez vous! Tout d’abord, dans la compétition internationale avec Tous les dieux du ciel et Girls with balls, mentionnés précédemment et qui ont le mérite d’aller jusqu’au bout de leurs idées et d’assumer leurs partis pris, radicalement opposés les concernant d’ailleurs. Achoura, avec une grande partie de l’équipe française peut facilement être inclu dans cette digression.

La compétition de court métrage français cette année était particulièrement relevé. Le coup de cœur de la rédaction aura été pour « Les Appelés » de Mathias Couquet, qui en une petite demi heure parvient parfaitement une ambiance anxiogène, faite de mystères insondables et de reveries dangereuses, lovecraftienne en diable. Clairement, le genre de projet que l’on souhaiterait voir adapté en long métrage ou en mini série, tellement cette histoire a du potentiel. Du potentiel, Thymésis en a avec son histoire de deuil et de voyage mémorielle, doté d’une belle esthétique et d’effets simples mais efficaces. Clairement, il y a là aussi le potentiel pour un développement plus long.

Ce potentiel, dans le fond, on ne le trouve pas forcément dans « Belles à croquer » d’Axel Courtière mais il l’est assurément dans la forme avec son esthétique délicieusement rétro kitsch et son sens de l’absurde particulièrement bien dosé. Par leurs esthétiques soignées, Déguste et Graines appellent à réfléchir, de deux façons différentes, sur notre rapport à la nourriture de façon assez surprenante. Enfin mention spéciale aux  » Neuf milliards de noms de dieux« , adaptation de la nouvelle d’Arthur C. Clarke qui aura fait fantasmer toute une génération d’adeptes de science fiction avec son ésotérisme particulièrement bien dosé et son final marquant au possible. Un grand bravo à Dominique Filhol pour avoir très bien réussi à mettre en images ce court classique. Le signe d’une délégation tricolore cette année au PIFFF qui a su montrer que malgré les difficultés du système français, notre pays avait clairement les moyens de ses ambitions!

PIFFF 2018 : Plaisirs variés pour le reste du festival

Un classique d’entre les classiques pour une des séances cultes du PIFFF : Maniac

Parmi les nombreux autres films projetés au cours de cette huitième édition du PIFFF se trouvait aussi de belles séances cultes avec la projection de Vorace ou bien encore L’Homme qui rétrécit par exemple. Mais aussi d’Halloween III avec son slogan entêtant et son personnage principal de médecin porté sur la gnôle tapant sur les fesses des infirmières qu’on est pas près de revoir dans notre époque post-#meetoo. Bien qu’ayant quelque peu vieilli, le final est vraiment sympa et aura de quoi marquer les esprits. Quel dommage que cette tentative de faire d’Halloween une anthologie de l’horreur chaque année sur un thème différent, près d’un quart de siècle avant American Horror Story n’ait pas marché en soi, et que la franchise ait du se contenter d’épuiser l’aura de Michael Myers à coup de séquelles ne se prenant pas en compte les uns les autres et de reboots multiples. A noter aussi la projection de Next of kin, un bon petit film d’exploitation australien esthétisant et jouant principalement sur son ambiance avec un final plus qu’explosif. Enfin, quel plaisir de pouvoir découvrir Maniac, le classique de William Lustig sur grand écran! L’ambiance poisseuse du New York de la fin des années 70 y est particulièrement bien retranscrite au diapason avec le mental déséquilibré de Frank Zito brillamment incarné dans toute sa complexité par Joe Spinell ( inoubliable Tony Gazzo dans Rocky, entre autre).

La compétition de courts métrages internationaux aura, elle aussi été d’excellente facture. A noter un angoissant The Blue Door, un Laboratory Conditions qui a tout les atours d’un potentiel futur long métrage (mais tout n’a t-il pas été dit dans ce court?) ou bien encore un techniquement très réussi La Noria. Mais la palme est allée à Baghead, dont le changement de ton, excellemment maîtrisé fait du court métrage d’Alberto Corredor un excellent moment de festival en jouant habilement avec les codes du genre. La séance de minuit détonnait avec un Puppet Master : The Littlest Reich à la générosité gore indéniable mais à la direction d’acteurs déclamant avec un sérieux monacal des dialogues auxquels ils ne semblent pas croire baigné dans une très belle musique de Fabio Frizzi donnant à l’ensemble du film un aspect plus qu’étrange baigné dans une sorte de faux rythme.

In Fabric de Peter Strickland

In Fabric, le troisième film du réalisateur en vogue Peter Strickland est peut être la plus accessible de ses œuvres après Berberian Studio et The Duke of Burgundy. Malgré son univers bien à lui, toujours ancré dans les années 70 de ses illustres prédécesseurs, Strickland a réussi à mêler à sa thématique favorite du fétichisme un humour bienvenu et pour le coup, particulièrement réussi, à travers un duo de personnages secondaires amenant une légèreté bienvenue parvenant même à apaiser les éventuelles longueurs d’un deuxième acte répétitif. Punk Samurai Slash Down de Gakuryu Ishii est un dingue. Vraiment fun et vraiment drôle de par ses situations non sensiques et la jubilation qu’il a de briser les codes, notamment, du film de sabre. Trainant un peu en longueur dans son dernier tiers, le film aurait gagné à être un poil plus court pour garder le même punch qu’il avait dans sa première partie.

Lords of Chaos de Jonas Akerlund est un bon petit film décrivant le fait divers qui a conduit au meurtre du leader du groupe Mayhem dans la paisible Norvège des années 90. Un engrenage malsain et violent entre deux forts caractères très bien interprétés ou admiration et haine vont se mêler pour le pire. La projection de What keeps you alive de Colin Minhian a été l’occasion de voir un bon petit survival bien équilibré et réussissant à tenir en haleine le spectateur malgré quelques décisions de l’héroïne parfois plus que surprenantes… Avec la publicité d’Halloween III, la chanson – prémonitoire- « Roll Demon Roll » interprétée à la guitare par le personnage d’Hannah Emily Anderson aura aussi eu le don de bien rester en tète tout au long du visionnage de cette lune de miel qui tourne au massacre.

La jeunesse insouciante dans We
Droits réservés : René Eller

« We » est un petit bijou de construction dans sa mise en scène. S’il sera remarqué par ce qu’il montre peut être trop, entre full frontal et prostitution à peine pubère, il marque véritablement par ses non dits et ses zones d’ombre sans réponses dont le mystère viendra hanter le spectateur d’une chronique adolescente comme on en voit peu… Sorry to bother you, avec son monde subtilement décalé mais avec une cohérence interne forte avait tout ce qu’il fallait pour accompagner le public vers la fin du festival qui n’aura été que peu impacté par les événements des Grands Boulevards survenus durant la journée de samedi. Forçant parfois un peu trop le trait pour exposer l’aliénation de notre société actuelle, Sorry to bother you a pour lui d’être particulièrement drôle. Une très belle façon de conclure cette huitième édition du PIFFF!

PIFFF 2018 : Le palmarès complet

Oeil d’or 2018 Long-métrage international : Freaks
Oeil d’or 2018 Court-métrage international : Baghead
Oeil d’or 2018 Court-métrage Français : Belle à croquer
Prix du jury 2018 Court-métrage Français : Déguste
Prix des lecteurs de Mad Movies 2018 : Freaks , mention pour Tous les Dieux du Ciel
Prix Ciné+ du courts métrages internationaux : Belle à croquer
Prix Ciné+ du long-métrage international : Freaks

L’emblème de Terres du Son

Dimanche 8 juillet 2018 marquait le dernier jour du festival Terres du Son. Au programme, une grande variété d’artistes et d’univers aussi différents que talentueux. Tout cela pour une fin de festival en pente douce ? Pas du tout! Bien au contraire, tant les artistes confirmés ( Calypso Rose, Feu! Chatterton, Fakear) mais aussi les agréables découvertes ( Vox Low, BCUC) ont pu tout donner pour que la quatorzième édition de Terres du Son se termine de la plus belle des manières! Reportage.

Un dernier jour de festival (réussi) comporte toujours un peu de tristesse : dommage que cela soit déjà fini. Mais le plein soleil estival emporte vite le vague à l’âme alors que débute cette troisième et dernière journée d’éco-festival. Et les réflexions s’envolent avec le sens de la fête insufflé par la courte prestation du Villejuif Underground! Le public du Chapit’O, comme souvent au cours de ce festival aura été enjoué et gâté par la prestation qui se jouait sous le chapiteau. Pas le temps d’avoir des regrets, au loin (enfin tout est relatif sur la Prairie) retentit le son de Némir

Terres du Son : Calypso Rose, Némir et Vox Low emportent l’adhésion !

Image officielle de Calypso Rose
@Tout droits réservés

Némir artiste hip hop? Oui mais pas que. Le public du Biloba l’aura bien compris tant la complicité entre l’artiste et les spectateurs aura pu être flagrante, et les réactions de la scène de Terres du Son particulièrement enthousiastes! Mais place au tour de la remarquable Calypso Rose. A 77 ans, la chanteuse de Calypso a une énergie qui ferait palir bon nombre de professionnels ayant l’age d’être ses petits enfants! Avec une douceur incroyable, entre deux chansons, elle aura pu aborder tout autant le nombre incalculable de mariages de l’un de ses musiciens que du sort des domestiques de Trinidad dans les années 60 avant son titre No Madam. Mais surtout Calypso Rose a assuré un show inégalable d’énergie et d’élégance matinées d’ambiance caribéenne invitant au voyage.

Si Calypso Rose nous a fait voyager sans mal dans les Caraïbes, Vox Low aura permis lui de voyager à une époque facilement identifiable : celle de Dépêche Mode. Véritable petite pépite étiquetée post punk-cold wave, Vox Low a continué de faire danser les festivaliers et de les faire participer à cette ambiance de fête permanente qui aura animé toute  cette dernière journée de Terres du Son. Entre temps, la scène Propul’Son aura elle aussi livré une nouvelle pépite avec Lehmanns Brothers, un groupe très énergique, n’hésitant pas à taquiner le public en particulier les personnes assises et dont le mélange de jazz, funk, hip-hop, house et soul aura bien fait bouger le public, nombreux, de Propul’Son.

Terres du Son : Défi relevé pour Feu! Chatterton !

Feu! Chatterton en conférence de presse – Terres du Son 2018

« Jouer notre set en festival est un véritable défi » avait pu dire plus tôt dans l’après midi l’un des membres de Feu! Chatterton. Une des curiosités de cette fin de journée, alors que le soleil commence légèrement à décliner était de voir comment le public de Terres du Son allait accueillir le groupe parisien. Loin des salles intimistes auxquels ils ont pu s’habituer ces dernières années, un public de festival allait-il être réceptif à leur univers? Le suspense n’a pas duré longtemps : Oh Ouiii! Un public enthousiaste a accueilli la prestation de Feu! Chatterton sur la scène de Biloba. La partition d’un dimanche de festival festif a donc continué de se jouer en cette fin de journée. Et la prestation du poète réunionnais Tiloun a œuvré dans ce sens, sur la décidément excellente scène de Propul’Son avec un maloya doux et touchant.

Terres du Son : BCUC et Fakear mettent tout le monde d’accord pour la fin du festival ! 

Les surprenants et virevoltants BCUC sur la scène du Chapit’O de Terres du Son 2018

La grosse claque de dimanche, comme toute bonne claque, on ne l’a pas vu venir. Les sud africains de BCUC se préparaient sur la scène d’un Chapit’O pratiquement désert, alors que le soleil commençait à descendre au niveau des arbres environnants. Pas de costume brillant de mille feux à la Juliette Armanet, pas d’éclairage élaboré à la Lysistrata. Étiqueté Africangungungu, le lecteur nous pardonnera d’avoir eu le sentiment de partir dans l’expectative au commencement de ce set. Monumentale erreur! En une poignée de minutes, le Chapit’O était comble, appâté par l’énergie déployée par les membres du groupe de Soweto et la voix puissante du chanteur Jovi. Tout le long du set, rythmes ancestraux, rock et transe se mêlent en un parfait tout qui envoûte littéralement le public du Chapit’O pendant plus d’une heure. Une véritable découverte que BCUC, en provenance d’Afrique du Sud (pas loin de devenir un pays à suivre après le coup de cœur 2016 : Jeremy Loops).

Mais il était temps du clou du spectacle. Enfin presque clou. Fakear en effet était la dernière tète d’affiche de cette quatorzième édition de Terres du Son. Sur la scène de Ginkgo, l’artiste normand (vu en interview plus tôt dans l’après-midi : #teasing) s’en est donné à cœur joie en proposant un show riche en instruments. En effet, harpe ou bien encore guitares( dont une avec laquelle Théo Le Vigoureux / Fakear a joué quelques notes) étaient au rendez vous pour appuyer le set électro de Fakear. Un set de qualité pour, proche des douze coups de minuits, lancer les derniers instants de cette dernière journée de Terres du Son

Les Thé Vanille auront malicieusement su jouer de leur programmation. « Merci d’être là à Propul’Son et pas devant Fakear » aura lancé la chanteuse du groupe. Un groupe au dynamisme avéré et à l’énergie rock certaine. Une preuve encore que la scène Propul’Son aura réservé d’excellentes surprises et des coups de cœur avérés tout au long de ces trois jours de Terres du Son.  En fin de soirée, partagés entre les quatre scènes du festival, Préoccupations, Molécule, CTRL-Z et Meute fermaient la marche de ce quatorzième Terres du Son. Mention spéciale au premier et au dernier cité. Le premier, pour ne pas avoir démérité sous le Chapit’O malgré un public trop peu nombreux par rapport à la qualité des punks du groupe de Matt Flegel. Et enfin, le dernier pour avoir brillamment clôturé cet excellent festival avec sa fanfare techno prompte à enflammer ce milieu de nuit de juillet…