Comment Jean-Louis Murat a épousé le théâtre de la Madeleine

      Le temps passe, et certains artistes ne vieillissent jamais. Si le physique n’est pas le meilleur dissimulateur des effets du temps, c’est généralement dans l’esprit et la détermination que réside le miracle. Jean-Louis Murat fait partie de ces chanceux, dont la création artistique ne prend pas une ride au fil des années. Même voix, même don de composition et même hargne depuis le début de sa carrière. Il ne serait d’ailleurs pas indécent ni même déplacé d’affirmer que la musique de Murat à l’heure actuelle est tout aussi riche et intéressante qu’il y a plusieurs dizaines d’années. L’artiste auvergnat a eu sa période de gloire, avec Dolores ou Mustango, mais entretient aujourd’hui un lien avec la musique toujours aussi solide. Il continue d’écrire et de composer avec le même talent pour lequel on l’avait félicité à l’époque. Nombreux sont ceux qui ont décidé de le suivre jusqu’au bout, bravant les critiques parfois acerbes à son égard et ne se préoccupant que de la seule chose importante : son art. Car il faut le reconnaître, Jean-Louis Murat fait partie des artistes français les plus constants : productif et jamais insignifiant. Ses albums sont toujours le prolongement de lui-même (plus chez lui que chez d’autres), avec des arrangements musicaux recherchés, et le chanteur ne cesse d’affiner un style unique, dont la voix, flamme infatigable, permet aux mélodies soigneusement composées de trouver toute leur force. La musique de Murat est donc un mélange de vérité, de génie, de lutte, d’acharnement, de mystère et de douceur. Ce mélange, qui n’est pas prêt de s’affaiblir, permet à son créateur d’être toujours présent sur le devant de la scène.

 

Un cadre particulier

            Comme chaque rendez-vous annuel avec la capitale française, Jean-Louis Murat était de retour en cette fin d’année pour faire résonner ses dernières compositions, et a cette fois ci vu les choses en grand et avec originalité, en décidant d’investir un théâtre ! Le théâtre de la Madeleine. Un cadre exceptionnel et de toute beauté. Personne debout, des sièges partout, un public presque prêt à assister une pièce de théâtre, mais qui fera face à quelque chose de bien plus véritable qu’une illusion. Avec un concert de Murat, la réalité est devant nos yeux, inutile d’aller la chercher autre part. Pendant 1h30, le théâtre de la Madeleine a vu ses murs trembler de sincérité comme rarement auparavant. Quoi de plus sincère qu’un concert de rock ? Je vous met au défi de trouver.

 

Jean-Louis Murat au théâtre de la Madeline, 02 décembre 2019

 

            Une impressionnante puissance sonore

         Dès le départ, l’artiste vêtu de la manière la plus décontractée possible, accompagné de sa formation redoutable : Fred Jimenez à la basse et Stéphane Reynaud à la batterie, donnent le ton : les instruments rugissent avec force, sans que la voix du chanteur ne soit encore entrée en scène (et on sait que toute la magie de Murat réside dans sa voix). On y décèle déjà toute la justesse qui règnera en maîtresse durant l’entièreté du live. Le son est clair, concis, abrupt, il s’adresse à nos muscles et s’empare de nous d’un coup d’un seul. Dès les premières minutes, on se laisse porter, prêt à être totalement envahit par la suite. Quand la voix se montre enfin, on y retrouve instantanément ce qui fait l’identité de la musique de l’artiste. Vertigineuse, cette voix empreinte de douleur, d’espoir et de mélancolie sublime tout ce qui l’entoure. Elle est la roue motrice de chacune des chansons, auxquelles elle promet de garantir ampleur et émotion. D’ores et déjà transportés dans une nouvelle dimension, il ne nous reste plus qu’à savourer le précieux moment. Au fur et à mesure du concert, le son global prend de plus en plus forme, et finit par épouser pleinement l’architecture de la salle. Les instruments sont calibrés pour nous attaquer de plein fouet, de manière à ce que l’on se sente transportés pleinement dans la vitalité de cette musique encore pleine de rage et d’ambition. Les musiciens sont extrêmement doués, avec un sens du rythme remarquable qui permet au concert de ne jamais perdre en intensité, même sur les morceaux les plus calmes. Bref, le son est à la hauteur de l’évènement et nous restera encore longtemps en mémoire tant il s’adressait directement à notre corps, ce que l’on souhaiterait pour tous les concerts de rock. Mais tout le monde n’est pas Jean-Louis Murat et n’a pas la chance d’être merveilleusement bien accompagné. Ni la chance de jouer dans un théâtre !

 

Une tracklist uniquement composée de titres récents

            Le chanteur jouera principalement des morceaux issus de son dernier album studio : II Francese¸ et n’ira pas piocher plus loin que la décennie toujours en cours. Certains auront peut-être été frustrés de ne pas entendre les bijoux de Mustango ou de Lilith mais à vrai dire, Murat n’a pas eu besoin de cela. Il ne se repose pas sur ses anciens morceaux et croit pleinement en la force de ses nouveaux, et avait bien l’intention de nous révéler tous leurs secrets, sans compter qu’il doit être compliqué de piocher dans un catalogue si vaste que le sien. Jouer les dernières compositions semblait être la meilleure décision, démontrant ainsi que sa musique traverse les époques sans peine. La recette change rarement avec lui, il faut avouer que beaucoup de morceaux se ressemblent, le style Murat compose toujours le noyau de ses albums (la voix dirige la danse), mais c’est surtout en matière de son que l’artiste a innové ces derniers temps, toujours attiré par l’expérimentation et la modernité. Bien que la prestation fut assez classique au niveau des sonorités, elle n’en fut pas moins efficace, adaptant les innovations sonores des derniers morceaux à la construction instrumentale traditionnelle des concerts (guitare, basse, batterie). En cela, ce fut un véritable concert de rock, mêlant simplicité et excitation. Nul besoin d’en rajouter des tonnes. A trois, la musique a décollé. C’est tout ce qui compte.

 

 

Bouleversant

            De la sensualité de « Gazoline » à l’intensité de « Il Neige » (soit dit en passant la chanson la plus bouleversante de la soirée), ajouté à cela la fulgurance d’« Autant en faire quelque chose » (très belle surprise en live) entre les deux, la tracklist d’1h45 a su nous faire passer par tous les états. Elle se terminera par un rappel sur « Je me souviens », dans une version bien plus excitée que celle a capella de son dernier album live Innamorato.

          Peu bavard, Murat nous adresse tout de même quelques mots assez drôles : « on m’a dit de faire quelque chose de spécial à Paris. Alors sur la prochaine chanson chantez-tous tous « ouuuhhh ». Voilà. C’est que j’ai trouvé de mieux ». On comprendra que ce sont des « ouuuhhh » d’accompagnement sur une version de « Hold Up » revisitée. Mais le batteur, doté d’un micro aussi, s’en sortira bien mieux que nous. Murat n’a pas perdu son sens de l’humour. Ce sera ses seuls mots à notre égard, toujours aussi fort dans l’indifférence et l’impression de distance (et on l’aime en partie pour ça, un artiste n’a pas à dire je t’aime à son public pour les remercier). Il préfère laisser la musique parler. Et ça marche tout aussi bien !

 

         Voilà comment Jean-Louis Murat a épousé le théâtre de la Madeleine, en s’imposant une fois de plus comme un chanteur hors pair, dont le talent et la sincérité font de lui un artiste remarquable, essentiel au paysage musical français.

 

 
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