Rencontre avec Jérôme Soligny et Tony Visconti (ami et producteur de David Bowie) : « Après Scary Monsters, tout le monde rêvait d’un Scary Monsters 2, et n’attendait plus que ça de la part de Bowie »

Dans un petit bar aux allures rocks et londoniennes du 11e arrondissement (le Pop In), à l’abri des regards curieux, eut lieu une chaleureuse rencontre entre journalistes et deux hommes importants de l’entourage de David Bowie : Jérôme Soligny, ami de l’artiste et écrivain spécialisé sur sa carrière, et Tony Visconti, producteur mythique du chanteur. C’est à l’occasion de la sortie d’un nouvel ouvrage littéraire et d’un livre-coffret musical que les deux hommes ont accepté de venir nous parler et de répondre à des questions, une véritable opportunité à ne pas manquer ! Ce n’est pas tous les jours que l’on a la chance de rencontrer Tony Visconti en petit comité.

 

Tony Visconti et Jérôme Soligny (de gauche à droite)

 

« Je ne voulais aborder qu’un seul et unique axe avec Rainbowman : celui de la musique »

Installés au 1er étage dans une salle dédiée aux rencontres comme celle-ci, les deux amis de David Bowie se sont assis à une table juste en face de nous : un cadre de proximité idéal. Jérôme Soligny s’est d’abord exprimé à propos de son nouveau livre, Rainbowman (1967-1980), pendant une petite demi-heure, notamment sur sa nature, son chemin de création, son apport vis-à-vis des multiples écrits déjà parus sur l’artiste… Une série de détails qui nous ont permis de mieux appréhender ce que Soligny présente comme un livre dont il n’est pas le seul auteur. C’est en effet sur le recueil d’environ 300 témoignages que repose tout le corps de l’ouvrage, sous forme de questions/réponses. Tout le travail (colossal !) de Jérôme Soligny fut donc de trier les informations, de répartir les nombreux éléments qui se répétaient d’un témoignage à l’autre, de vérifier et corriger des erreurs de dates, de trouver sa place et de mettre à l’œuvre son propre savoir au milieu de ces centaines de regards, de connaissances et d’anecdotes sur un seul et unique être hors du commun. Comme nous le dit l’auteur, suite à la mort de Bowie, il fut beaucoup sollicité pour rééditer son dernier ouvrage en date accompagné de quelques pages supplémentaires. Or, il était hors de question pour lui de se faire de l’argent facile sur la mort du chanteur. Il finit donc, après plusieurs mois, par accepter une proposition différente de toutes les autres : pouvoir écrire ce qu’il voulait sur Bowie de la manière dont il le voulait dans un tout nouvel ouvrage, accompagné des financements nécessaires à la réalisation du projet. C’est ainsi que vint au jour Rainbowman (1967-1980).

En allant interroger spécifiquement des personnes ayant participé au processus de création musicale (assistants de studio, producteurs…), Jérôme Soligny eut pour objectif d’aborder un seul et unique axe, celui de la musique : « comment ont été créé les albums ? Comment ont été composées les chansons ? ». Un des points importants du livre fut aussi celui de rétablir certaines vérités sur la carrière de David Bowie, et de démystifier plusieurs idées reçues, notamment celles concernant la collaboration entre le chanteur et Queen.

 

 

Rainbowman (1967-1980), Gallimard, 2019

 

 

Tony Visconti ou le frère spirituel de David Bowie

Tony Visconti, muet depuis tout ce temps, mais attentif aux propos de Jérôme Soligny qu’il peine à suivre étant donné sa fragile maîtrise de la langue française, s’exprime enfin avec l’arrivée des questions des journalistes. Heureux de pouvoir réagir, le producteur américain de naissance mais britannique de cœur nous parle de son métier et de la relation qui l’a lié à Bowie depuis les débuts de sa carrière. Venu pour présenter le coffret Conversation Piece qui regroupe en cinq CD des versions remasterisées et inédites de la période Space Oddity, ainsi que des démos et de nouveaux mix, Tony Visconti n’en parlera finalement que très peu, voire pas du tout. Entraîné par les questions qu’on lui pose, il se plaît à nous raconter des choses tout aussi intéressantes sur sa carrière. Il nous dit adorer diriger les artistes, ce que son métier lui permet de faire. Rappelons tout de même qu’il n’était pas seulement le producteur de Bowie, mais aussi de groupes tels que T-Rex et The Stranglers. « Je les connais et je sais bien ce qui est bien pour eux. Parfois, ils n’ont pas encore terminé un album qu’ils veulent déjà en commencer un autre. Je les ramène à la raison. J’aime dire aux artistes quoi faire, même si je les laisse évidemment libre dans le processus de création. » Son métier le passionne et il en parle avec engouement. Il nous confie également avoir regretté de produire les premiers albums de Bowie, comme The Man Who Sold the World, car il n’avait pas assez d’expérience à cette époque, et n’est pas convaincu de son travail. Mais comme il le dit, « personne ne voulait produire Bowie à l’époque, il était trop différent, moi c’est ce qui m’a attiré chez lui ». Il en vient ensuite à aborder le sujet de leur séparation après Scary Monsters, qu’il désigne d’ailleurs comme le chef-d’œuvre ultime de Bowie : « Après Scary Monsters, tout le monde rêvait d’un Scary Monsters 2, et n’attendait plus que ça de la part de David ». Une quinzaine années de silence ont alors séparé les deux amis à partir de Let’s Dance où le chanteur a préféré se tourner vers Niles Rodger, privilégiant le succès et la facilité.

 

Livre-Coffret Conversation Piece, Warner Music, 2019

 

Une amitié impérissable

Bowie a fini par recontacter Visconti parce qu’il rencontrait des problèmes de son sur ses concerts, que seul son producteur fétiche était en mesure de régler. Et en effet « tout était centré sur la basse et la batterie, on n’entendait pas assez les voix, les saxophones… » nous confie Visconti. « Nous avons recommencé à travailler ensemble à partir de ce moment-là ». Avec ses mots et ses anecdotes, nous étions en mesure de ressentir toute l’affection que Bowie et Visconti ressentaient l’un pour l’autre ; une relation allant bien au-delà du simple travail. Visconti était un acteur central de la vie et de la pensée artistique du chanteur, et c’est d’ailleurs pour cela que Jérôme Soligny nous a confié être ravi que la préface de son livre soit écrite par Tony Visconti lui-même : « parmi 50 possibilités, c’est celle qui m’a paru avoir le plus de sens. Personne ne connaît mieux Bowie que Visconti ».

Artiste avant-guardiste et hors du commun, David Bowie n’est pas prêt de se taire et continuera toujours à marquer les esprits. Tony Visconti nous l’a d’ailleurs fait comprendre en une seule phrase : « Tout le monde me demande d’avoir le même son que sur les albums de Bowie, je peux le faire, mais il manquera toujours la chose la plus importante : David Bowie. »

 

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