Dirty Deep: « Les inégalités raciales et sociales déjà à la base du blues sont malheureusement toujours d’actualité » (Interview)

Dirty Deep, fierté françaises aux sonorités blues rock qui sentent bon le Mississippi est de retour avec un nouvel opus « Tillandsia ». Une pépite à écouter d’urgence. La tornade , à voir en live, a déjà fait ses preuves en ouvrant pour Johnny Hallyday et en s’offrant une tournée sudiste outre-atlantique. Ces bêtes de scène ont accepté de répondre aux questions de Pop & Shot , de parler blues, revendication, live et de dévoiler les coulisses de ce dernier opus.  Interview.
dirtydeep boule noire 2018 
Comment décririez-vous votre nouvel album « Tillandsia »?
Cet album c’est le résultat de 3 ans de tournée en Europe et en Amérique, et c’est un disque qu’on a eu le temps de bien préparer ! On s’est mis autour d’une table et chacun a écrit ce qu’il voulait faire pour cette suite. Et on voulait un album qui ratisse assez large dans tout ce qui fait la musique « blues » comme on l’aime et comme on la conçoit, sans s’en éloigner trop non plus. Et on est assez fiers du résultat !
Le premier EP du groupe « Wrong way – I’m Going Home » avait été enregistré dans votre petit studio, le premier album « Back To The Roots  » dans une cave, quel regard portez-vous aujourd’hui sur ces premiers pas ?
On assume tout à fait les débuts du projet, où Victor était tout seul et venait de débuter la musique depuis à peine quelques mois, et qui est beaucoup plus « brut de décoffrage » avec une énergie et une fraîcheur vraiment cool, mais on est quand même très contents d’avoir évolué vers des choses plus diverses et approfondies.
 En comparaison comment s’est passée la création de ce nouvel opus aidé par Deaf Rock Records ?
On peut dire que c’est la première fois qu’on peut faire un disque dans des conditions aussi bonnes, en prenant le temps nécessaire pour l’écrire, le préparer et l’enregistrer… On a pu choisir notre manière de travailler sur des conditions purement esthétiques, en travaillant avec notre ami Rémi Gettliffe dans son studio White Bat Recorders. On a bossé en faisant des prises « live », tous en même temps, et sur bandes magnétiques pour avoir ce côté vivant et chaleureux, et avec Jim Jones à la production qui nous a bien aiguillés avec sa grande culture musicale, et nous a aidés à obtenir le côté un peu « sale » qu’on voulait pour cet album.
Vous avez 300 concerts en France à votre actif. Après toutes ces scènes comment appréhende-t-on le live et surtout comment faire pour garder une touche de spontanéité et ne pas en faire un objet trop rodé ?
Alors le premier point, c’est qu’on est des supers potes, on a une relation très proche voire familiale, et qu’on est toujours super contents de faire de la musique ensemble ! Il y a aussi le fait qu’on ne répète jamais, ce qui aide à rester un peu à l’affût, et nous amène à improviser souvent… Et surtout, SURTOUT, y a le public. On ne fait pas que jouer nos morceaux, on les partage avec des gens, on fait un peu les idiots, on fait le show. On n’est pas que là pour faire de la musique, on est là aussi pour s’amuser et « divertir » les gens qui viennent nous voir et on adore ça. Et quand on voit que les gens passent une bonne soirée avec nous, ça nous booste aussi dans un magnifique cercle vertueux de la fête et du rock’n’roll !
dirty deep boule noire 2018
Parmi ces dates, vous avez fait la première partie de Johnny Hallyday. Comment était cette expérience ? A quoi ressemblaient les coulisses d’un concert de Johnny ? Son décès vous a-t-il donner envie de reprendre ses titres?
Il faut tout d’abord préciser que Geo notre batteur est un gros fan de Johnny depuis son enfance, et que donc ce moment avait une résonance particulière pour lui, et on était très contents de pouvoir partager ça avec lui. Ça s’est super bien passé, en fait. On avait un peu peur que les fans, présents pour certains depuis le matin, n’aient pas trop la patience de nous écouter avant le « patron », mais c’était tout le contraire, ils étaient chauds comme la braise et ont tapé dans les mains dès les premières notes de notre set !
Pour les coulisses, c’est évidemment un dispositif énorme, et même si on n’a pas pu rencontrer Johnny lui même, on a sympathisé avec ses musiciens, notamment Yarol avec qui on s’entend très bien et qu’on a revu plusieurs fois par la suite ! Et on a déjà enregistré une reprise de « toute la musique que j’aime » pour une compilation sortie après son décès, et qui est trouvable sur Youtube.
Avez-vous des rituels avant et après un concert ?
Rien de spécial à part un câlin collectif juste avant de monter sur scène !
Vous avez tourné dans le Mississipi, que retenez-vous de cette expérience ? Est-ce un peu l’illustration visuelle de votre musique ?
C’est en partie l’illustration visuelle de notre musique, oui, mais pas que. On a des influences qui viennent majoritairement des USA, avec le Mississippi, la Louisiane, etc. mais aussi de l’Afrique, l’Angleterre…  En tout cas, tourner dans le Mississippi ça nous a fait énormément de bien, de voir le berceau du blues, de rencontrer les gens de là bas, voir comment on y joue cette musique de nos jours, c’était une belle leçon.
D’ailleurs d’où vous vient cet amour pour le blues / rock ? 
Le rock, on est tombés dedans quand on était petits ! Geo via Johnny quand il était gamin, Adam par les disques du frangin/tonton etc., Victor était un gros fan de Nirvana… Et à partir de là, la curiosité te fait obligatoirement remonter l’arbre généalogique vers le blues. C’est les vraies racines de presque tout ce qui se fait dans la famille élargie du « rock » !
Vous mélangez ces deux styles sans adopter l’aspect traditionaliste du premier, comment cela est-il reçu par les pros et le public ?
Le blues originel n’est au final pas si éloigné de l’aspect révolté et énervé de la plupart des courants qui se sont voulus « alternatifs » depuis lors, comme le rock’n’roll, le punk ou le hip hop, par exemple. Ça reste des gens qui ont envie de crier les choses qu’ils ont sur le cœur en musique. Ce n’est que bien après que la scène blues est devenue aussi codifiée, et elle est peut être un peu trop lisse et polie par rapport à l’image que nous nous faisons du blues. Donc ça coince peut être un peu parfois du côté des « puristes », mais il y a aussi plein de gens qui sont ouverts à ça, que ça soit chez les pros, et encore plus chez le public qui a tendance à moins se poser ces questions d’étiquettes et de tradition.
Le blues, est un courant social avec une très riche histoire, qui permettait à ses musiciens d’exprimer leurs déboires et leurs souffrances. Y-a-t-il aujourd’hui des sujets actuels qui vous touchent particulièrement?
Évidemment, il y a plein de choses qui nous interpellent autour de nous, surtout en ce moment où nous avons le sentiment que tout part un peu en vrille… Les inégalités raciales et sociales déjà à la base du blues sont malheureusement toujours d’actualité, et on peut y rajouter les préoccupations environnementales qui nous touchent particulièrement, nous et les gens qui nous entourent. Mais nous ne sommes pas les mieux placés pour développer ces sujets préoccupants alors on va laisser ça à ceux qui les maîtrisent mieux et essayer de faire ce qu’on peut de notre côté pour ne pas que ça empire, et continuer à apporter humblement un peu de bonheur autour de nous avec notre musique.
Le hip hop prend le pas sur le rock aujourd’hui, pourtant ce dernier garde d’excellents artistes. Quels sont vos derniers coups de cœur rock ?
En vrai on adore le hip hop, ça vient du même arbre (cf question précédente)… En vrac le dernier Bodycount (le bel enfant de Papa Rock et Maman Hip Hop), Quaker City Night Hawks, Reignwolf, Alabama Shakes, et dans nos potes on a Freez (du pur Hip hop de Strasbourg), ou encore T/O… Impossible de tous les nommer !
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Merci à Virginie Bellavoir et Deaf Rock Records.

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