Le Caire oublié : le cimetière, un lieu de vie pas comme les autres

Le Caire est l’une des ville qui m’a le plus impressionné dans ma vie. C’est une gigantesque ruche s’étendant sur des dizaines de kilomètres, toujours en mouvement, pleine de bruit, de voitures, de klaxons, de personnes qui traversent partout. La ville est pleine de quartiers différents : du coin touristique de khan el khalili, au quartier des ambassades avec son temple Khmer , pôle des affaires ou l’on se croit dans grande ville américaine ou bien le district anglais qui rappelle les immeubles de standing de Londres ou bien Gizeh qui frôle maintenant les pyramides.

Malgré ses 1 million d’habitants, la cité des morts tombe dans l’oublie. L’état n’intervient pas, les associations s’en occupent peu les personnes y vivant n’étant pas assez précaires et des hauts murs ont été battis autour pour caché ce lieu où cohabitent la vie et la mort.

J’ai découvert ce lieu en voyageant sur place car mon père était un habitué de cette ville. Cet endroit dans lequel il était déjà passé avec son ami et chauffeur de taxi  préféré. Quand je l’ai rencontré il m’a demandé ce que je voulais faire, et je lui ai dit, jeune amateur de photo reportage que j’étais, que je voulais découvrir un emplacement ou personne ne va. Mon père m’a proposé cette option.

Dans la journée nous sommes donc partis dans cet immense territoire, long de 7km et large de 2km. Hassan, notre chauffeur nous amène au centre et vient avec nous, pour éviter que l’on se perdre et pour faire le traducteur.

Lors des premiers instants je me suis pas rendu compte que l’on était arrivé. Le décor de ruelles faisait penser à pleins de petites maisons alignées. Il y a des gens à vélo, des petites épiceries, des femmes avec des sacs de courses, une balançoire géante.

Mais très rapidement on voit des tombes, des plaques, des mausolées. Nous étions bien au coeur de la nécropole.

On croise des femmes et enfants qui nous regardent amusés, intrigués, surpris. Certains enfants prennent peur n’ayant pas l’habitude des voir des occidentaux.

Partout des éléments nous rappellent que des gens vivent ici. Du linge qui sèche, des chaises et des tabourets autour de bouteilles de gaz, des gens qui boivent le thé et d’autres qui lavent des vêtements. On se croirait réellement au milieu d’un village.

Certains nous invitent à rentrer « chez eux ». Nous sommes conviés à boire un thé chaud ou simplement à regarder la télé. Ils nous expliquent qu’en échange d’entretenir les tombes et de payer un faible loyer, les familles les laissent occuper les lieux à leur guise. Pour avoir de l’eau certains ont réussis à se raccorder aux tuyaux de la ville. Les autres doivent aller au robinets publics. Pour l’électricité la plupart se sont raccordé au lampadaires. Ils ont le minimum du confort : quelques matelas, quelques tabourets, une table, du linge et des couvertures entassés dans un coin. Il n’y a pas de toilette ni de douche. Mais ils trouvent toujours une solution pour rester propre.

Ils racontent qu’ils ne voient pas d’avenir, qu’il n y a pas d’échappatoire. Ils vivent de petits boulots dans la ville et mais surtout de tout ce qui est lié à la vie du cimetière. Vendre des fleurs, des bougies, creuser des tombes, les nettoyer, et veiller aux pilleurs restent leurs sources principales de revenus.

Pour eux vivre au milieu des morts est naturel mais ne laisse pas indifférent. Cela leur fait souvent peur. Ils sentent mal à l’aise. Le vendredi est une journée plus dure que les autres. C’est le jour de la prière mais aussi le jour des visites et de recueillement des familles. Ils se sentent souvent honteux en leur présence, de vivre parmi leur ancêtres.

Ils se sentent oubliés et abandonnés. Personne ne les aident jamais. Mais tous relativisent. Il y a des gens qui vivent dans des situations bien pire au milieu des décharges, dans un pauvreté absolue.

L’entraide et la solidarité sont omniprésentes. Celui qui a le poste de télévision accueille ses voisins le soir, en cas de problèmes ils savent se serrer pour dormir sous un toit. Ceux qui ont des cours y laissent leurs voisins sécher ou laver leurs affaires.

A cette époque (en 2010) on ne parlait pas encore du projet de construction d’une nouvelle capitale dans le désert. Ce projet surdimensionné permettra peut-être à ces familles de retrouver la ville désengorgée, de s’y installer et de laisser la nécropole aux seules habitants qui devraient y vivre.

Crédit photos Kévin Gombert

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