Reset : « Le genre peut avoir du sens, ce n’est pas que du gore et de l’ultra-violence » (Interview des créateurs de la websérie française)

Après plusieurs mois confinés dans un appartement suite à une infection dévastatrice, cinq survivants unis par la catastrophe décident de quitter leur refuge en quête d’ailleurs. Ils vont se confronter aux pires travers de l’humanité, loin de se douter qu’une menace encore plus grande les guette. La fin du monde, le début du leur… Un post-apo matiné zombie à la française, Pop&Shot ne pouvait qu’être sur le coup! Rencontre avec deux des créateurs de « Reset » dont l’épisode pilote est en ligne, Yohan Labrousse et Christelle Gras


affiche officielle de la série "Reset"2017

affiche de la série « Reset » 2017

Pop&Shot : Que pouvez vous nous dire sur les origines du projet « Reset »?

Yohan : En 2011, un ami commun nous a contactés en nous disant, et ça peut faire rigoler aujourd’hui, « il n’y a pas de web série sur les zombies », on s’est lancés, on a commencé à créer les personnages…

Christelle : Au début, on partait sur l’idée d’une web série, et au final, on a tellement écrit et développé et étoffé l’histoire que c’est devenu une série.

Y: C’est compliqué de différencier série, web série, série digitale… Avant, on arrivait à faire la différence, une web série était composée d’épisodes de 13-15 minutes. Maintenant, avec Netflix, Amazon, la frontière est plus floue.

C : Nos épisodes devaient faire 52 minutes.

P&S: Au niveau de l’écriture, vous en êtes ou ?

C : On a finalisés l’écriture du pilote de « Reset » et de l’épisode 2. On a pitchés tout les autres épisodes du reste de la saison 1 et on est allés jusqu’au début de la saison 2 qui est vraiment… Très intéressant.

P&S : Vous avez procédés via le crowdfunding pour financer le projet « Reset ». Est ce que vous pouvez nous en dire plus ? Sur la manière dont vous avez procédés, la manière dont vous avez pu communiquer à ce sujet ? Comment vous avez pu estimer le budget dont vous aviez besoin pour réaliser le projet ?

Y : Au début, on avait vraiment aucune idée de combien, il nous fallait ( rires). On est partis voir ulule et on voulait demander 20 000. Ils nous ont répondus : « Personne ne vous connaît et vous voulez 20 000 euros ?! Commencez par demander 5 000 ». Son raisonnement se tenait… Mais on l’a pas écouté : on a demandé 15 000 et on est arrivés à 25 000 !

C : Le crowdfunding c’est un travail à plein temps. Tout les jours, on communiquait, on inventait de nouvelles choses, on prenait des photos, tournait des vidéos, on faisait des interviews. Par exemple, on a fait une interview avec créateurs, réalisateur et je me suis dit qu’on ne pouvait pas faire ça sur un canapé devant une vidéothèque : on a donc fait l’interview sur les toits de Paris ! On a été beaucoup soutenu aussi. On a eu des articles dans la presse, beaucoup de blogs aussi, pas forcément spécialisés dans le cinéma de genre d’ailleurs. On a eu un article sur le blog d’Arte, qui parlait de différents projets de crowdfunding, dont le notre, par exemple. Je pense que c’est ça qui nous a vraiment permis de réussir. Les gens étaient aussi surpris et séduits par le fait de voir une série d’anticipation et post-apo française.

P&S : Le fait que ce soit justement une série de genre, en France, vous pensez que ça a freiné ou au contraire boosté le projet ? On était à Gérardmer cette année et on a pu croiser plusieurs personnes de la ville nous expliquant que l’affluence et même la couverture baissaient d’années en années…

Y: Oui mais avant Gérardmer, il y avait Avoriaz. Avoriaz, on ne peut pas dire que ce n’était pas couvert. Après qu’est ce qui fait qu’à une époque ça l’a été et maintenant moins…

C : Mais parce que je pense qu’il y a eu une époque glorieuse du genre. Et que c’est peut être moins le cas maintenant…

Y : Il y a eu des choix qui ont été fait aussi, en terme de subventions, privilégiant un certain type de films… Ce qui a amené une radicalisation des créateurs et ce qui a conduit à des projets plus choquants, plus gores, plus référencés que d’habitude. Ce manque là crée aussi quelque chose. Il crée une sorte de frustration qui incapacité beaucoup les réalisateurs, qui du coup font des films soit pour choquer leurs parents soit pour refaire le film qu’ils ont aimés avant. Il n’y a pas vraiment de volonté créatrice. Ils ont compris. Ils n’ont pas vraiment de budget derrière…

 


« Nous, on est partisans qu’il y ait du sens. Par exemple, dans le pilote, celle qui tue, la seule qui tue c’est la seule qui était incapable de tuer »


 

 

P&S : C’est pour ça que beaucoup comme Laugier, Aja, Bustillo et Maury partent à l’étranger pour monter leurs projets…

Y : Oui, parce que ce n’est pas que ce sont de mauvais réalisateurs. Mais à l’étranger, on saura reconnaître leurs compétences techniques. Et que là bas, on va plus regarder le contenant que le contenu.

C: Pour un Laugier, dont je suis une fan absolue, il y a les deux très clairement. Mais je vois ce que tu veux dire : cette frustration crée des choses beaucoup plus crues, bruts. J’aime bien le cinéma de genre français. J’ai beaucoup aimé A l’intérieur par exemple. Mais c’est vrai qu’on peut se demander : « Pourquoi aller aussi loin ? ». Le genre ce n’est pas que l’hémoglobine, l’ultra-violence… Sans en plus qu’il y ait forcément un message derrière. Nous, on est partisans qu’il y ait du sens. Par exemple, dans le pilote, celle qui tue, la seule qui tue c’est la seule qui était incapable de tuer. Ça prend du sens, car ça caractérise le personnage sur l’instant, ça le caractérise sur la durée. La violence prend du sens dans ce genre de cas de figure et c’est ce qu’on aime, ce qu’on préfère.

P&S : Comment vous avez fait pour créer vos personnages ? Ils ont une vraie importance, même dans la bande annonce.

Y: On s’est inspirés de nous, de notre entourage. Je crois que c’est bien de partir de soi, de pas trop s’éloigner des personnages qu’on décrit. C’est pour une question d’authenticité. Et puis, les acteurs aussi contribuent beaucoup à l’élaboration du personnage, ils le modifient, ils le modèlent en fonction de ce qu’ils apportent au personnage.

P&S : Comment s’est passé le casting des différents acteurs ?

Y: De manière très classique en fait. On a passé des affiches dans les écoles de théâtre, on fait des dossiers, on sélectionne et on on en voit quelques uns. Ceux qu’on garde, on les mélange pour voir si ça fonctionne bien entre eux. Et on voit ce qui marche le mieux.

: Tu as bien expliqué le processus. Concrètement, on avait aucun réseau, donc le point de départ ça a été de mettre des affiches dans les écoles de théâtre. On est passé par le site cineaste.org, qui est la seule source fiable pour ce genre de projets.

: C’est une newsletter, c’est gratuit et 99% du temps quand on demandait « ou est ce que vous avez entendu parler du projet ? », on nous répondait par cineaste.org. On a fait à pied toutes les écoles de théâtre de Paris. Ça sert à rien (rires).

P&S : Dès le début de « Reset », le décor fait très « banlieue », est ce que c’était un clin d’œil voulu à La Horde ?

Y : Pas vraiment, car ça s’est tourné à Paris même dans le 13ème, là ou je vivais à l’époque. La seule scène tournée en banlieue en fait, c’est à la fin, dans le parc. Les épisodes suivants se seraient passés dans des décors plus haussmanniens de Paris.

C : C’est le décorum, c’est le milieu qui nous a inspirés. Je pense que tu n’écris pas pareil selon que ton action se passe à Paris, dans la jungle ou bien à la campagne. On aurait pas fait la même chose si on avait écrit dans un milieu rural. C’est le lieu qui nous engage dans ce que l’on écrit. On a eu les décors que l’on voulait, ça a été dur, car quand on veut tourner du genre, il faut se battre mais on est très satisfait d’avoir réussi.

 


« Dans le contexte des attentats, on s’est aussi dit que c’était une bonne chose d’avoir un « Allah Akbar » dans le contexte dans lequel il devrait toujours être, c’est à dire un contexte de paix et non comme un cri de guerre. »


 

 

P&S : C’est aussi très intéressant que le pilote de « Reset » s’ouvre sur une prière. Pourquoi ce choix ?

C : ça s’est décidé au montage en fait… Dans le script, c’était la scène du banc qui devait ouvrir le pilote. La scène de la prière était à un tout autre endroit dans le script. Mais c’est la magie du montage en fait de pouvoir arriver à ce genre de résultat. Cette scène de la prière est tellement forte ! Après tant de visionnages, elle continue de me toucher, de m’émouvoir. La musique d’Alex Cortez, le jeu d’Eza, pas de dialogue, juste la prière… Tout de suite, ça réussit à te mettre dans l’ambiance « fin du monde ». Et dans le contexte des attentats, on s’est aussi dit que c’était une bonne chose d’avoir un « Allah Akbar » dans le contexte dans lequel il devrait toujours être, c’est à dire un contexte de paix et non comme un cri de guerre. On a trouvé le symbole vraiment fort et vraiment chouette.

P&S : Vous avez fait de nombreux festivals pour présenter « Reset », comme par exemple « Mauvais Genres », qu’est ce que ce type d’expériences peut vous apporter à votre avis ?

Y: C’est beaucoup de réseau et beaucoup de moments vraiment chouettes.

C : C’est aussi une très belle carte de visite. En France, on a pas eu de sélections, parce qu’on était que dans des festivals de cinéma, ou on a pu nous donner la chance de présenter le pilote. A Séries Mania, on était le seul projet du catalogue, à ne pas avoir de chaîne, à n’avoir que le pilote. A chaque fois, on nous a laissés notre chance. Pour les sélections à l’étranger, je pense que ça nous a bien aidés quand même. On a eu un festival à Atlanta sponsorisé par HBO ! HBO ! C’est toujours bon pour un dossier de voir qu’il a été présenté dans de nombreux festivals… On a eu de bons retours des chaînes… Même si ça ne correspond pas à leur ligne éditoriale actuellement… Mais  » Reset », c’était un premier projet, on sortait de nulle part, on a fait un pilote de trente minutes, on s’est formés sur énormément de choses. On a jamais reçu de mails génériques chaque fois qu’on a présenté notre projet. A chaque fois on nous a expliqués pourquoi ça ne pouvait pas se faire, mais aussi ce qui avait été apprécié dans le pilote. On peut être fiers de ça, c’est pas tout le temps que les chaînes prennent le temps de détailler et expliquer . On a eu une réponse de Eric Varmach, de Netflix aux États Unis : « I really appreciate the look ». Se dire que ce mec a pris de son temps pour voir notre pilote et pour nous répondre c’est quand même très gratifiant.

P&S : Est ce que vous avez d’autres projets ?

C : Il est encore tôt mais on peut vous dire que ça reste dans le genre, que ce sera de la SF. Avec une teinte sociale, car on aime inclure du social. Et que ce sera un récit choral

 

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Si vous voulez vous faire une idée sur ce qu’est le pilote de Reset, c’est juste ici:

 


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