Interview, Franck Ruzé, auteur : « Je veux sentir mes personnages vivre, avoir le plus de réalité possible. » (Partie II)

franck-ruze-bandeau

Suite et fin de notre rencontre avec Franck Ruzé. Faire le tours d’un métier d’auteur, du processus de création peut prendre du temps. Si comme nous, vous vous demandez comment un livre naît-il ? D’où viennent vos personnages favoris? Pourquoi vous murmurent-ils des mots dans l’oreille ? Cette interview est faite pour vous. En espérant que vous prendrez autant de plaisir à la lire que nous en avons prise à la réaliser.

  • Comment un ouvrage naît-t-il ?

Lorsque je veux lire un livre que je ne trouve pas, j’ai forcément envie de l’écrire.

  • Qu’est ce qui t’inspire ?

L’injustice, la compassion, l’impossibilité parfois d’aider quelqu’un qu’on aime, les filles, la part de noirceur chez quelqu’un de fondamentalement bon, la part de bonté ou d’ouverture chez quelqu’un d’égoïste, tout ce qui fait du contraste psychologique.

  • Tes personnages féminins sont très justes, comment te mets-tu dans leur peau?

J’écoute parler les filles. C’est quelque chose que je fais depuis longtemps, mais depuis que je suis publié, elles me racontent des choses de plus en plus personnelles, en pensant qu’elles se retrouveront dans le prochain, et elles ont raison…

  • Certains ont-ils été inspirés par des rencontres ?

Tous.

franck-ruze-0

  • Que peux-tu me dire par exemple de la naissance de Daphné de « 666 » ?

C’est 3 filles dans une. Enfin 3 filles réelles dans un personnage. Je ne sais plus où j’ai lu que Thomas Mann faisait ça, 2 c’est trop peu pour une psychologie vraiment dense et quatre là ça devient le bordel, il y a trop de contradictions à gérer, déjà avec 3 c’est pas évident, il faut les faire rentrer, les 3, dans un seul corps, avec une cohérence, et des motivations communes, mais ça c’est pour le personnage principal, pour les autres je me limite à 1 ou 2, oui je sais c’est un peu paresseux. En plus, dans ma période 666, je n’inventais rien, il fallait que ça vienne de la vie pour que j’aie une impression de vérité face à mes personnages avant qu’ils puissent vivre dans les situations du livre. Par exemple, Johnny Depp est dans le livre parce que mon éditeur chez Scali, Stéphane Million, avait donné des cours particuliers à la soeur de Vanessa Paradis, et il m’a dit que Johnny Depp aimait la poésie de Villon et voulait vraiment visiter le château où il a été emprisonné, et hop c’était parti: «à Meung-sur-Loire», «Haaan, hey mais c’est trop loin d’Paris, ça, faut prendre Europ Assistance ?», etc.

« 2 personnages réels en un c’est trop peu pour une psychologie vraiment dense et quatre là ça devient le bordel »

  • Tu écris sur des thèmes sociétaux et psychologiquement dures, prostitution, drogues, anorexie, pourquoi ces thématiques t’intéressent-elles ?

Parce que ce sont des thèmes durs, justement. Ce qui m’intéresse, dans une histoire, c’est le conflit. Je m’en fiche un peu que le personnage arrive ou pas à surmonter telle ou telle difficulté, ce qui m’intéresse, c’est de voir comment il va essayer de la surmonter, les choix qu’il va faire, parce que ça, ça en dit beaucoup sur le cœur du personnage, sa façon à lui d’être humain. Et donc il me faut un, ou des révélateurs, pour que le personnage accepte de s’exposer, accepte de faire ces choix.

  • Quels sont les lieux qui marquent et impactent ton imaginaire ?

Les lieux que je connais. Je n’arrive pas à me projeter correctement là où je ne suis jamais allé. D’où une ambiance assez parisienne dans mes livres. Hors livres, j’ai beaucoup aimé vivre à Bora-Bora pendant six mois. Je pêchais des poissons au harpon et je cueillais des mangues sur les arbres, c’était vraiment une belle expérience, même si au bout de six mois, la solitude a rendu le lagon moins beau et je suis revenu; la première chose que j’ai faite en revenant, je l’ai décrite dans la dernière page de L’échelle des sens: j’avais vraiment besoin de voir des visages, beaucoup de visages.

«  Il y a une espèce d’innocence un peu surjouée, à la Marylin Monroe par exemple, qui fait vibrer un truc en moi »

  • Et toi tu préfères les connes ?

Ahah, je vais me faire écharper, mais il y a une espèce d’innocence un peu surjouée, à la Marylin Monroe par exemple, qui fait vibrer un truc en moi, mais en même temps, l’intelligence et la culture chez une fille me font la même chose. Je dois être attiré par les extrêmes.

franck-ruze-les-hommes-preferent-les-connes

  • Cet ouvrage est-il inspiré par de véritables conversations que tu as eu ?

Il y a des bouts de vraies conversations dedans, comme dans tous mes livres. Mes livres sont un peu comme des yaourts aux fruits, en fait.

Comment perçois-tu les relations hommes/ femmes ?

Le couple, c’est l’entité privilégiée où tu apprends le plus sur toi-même en apprenant sur l’autre, et par extension sur les autres, et par extension sur la vie.

  • Ce rapport évolue-t-il au fur et à mesure des années ?

On en reparle dans 10 ans.

«  c’est un souci de vie, je veux sentir mes personnages vivre »

  • Tu emploies un style « parlé » et « fluide », est-ce un choix volontaire pour être accessible ou tes histoires se créent-elles ainsi lorsque tu les poses sur papier ? C’est volontaire, oui, mais pas dans un souci d’accessibilité, c’est un souci de vie, plutôt, je veux sentir mes personnages vivre, avoir le plus de réalité possible. Je réécris les dialogues jusqu’à ce qu’ils sonnent juste. Je soupèse chaque virgule, chaque respiration, jusqu’à obtenir la fluidité recherchée. Parfois, d’ailleurs, on me dit que ça ne doit pas être trop difficile d’écrire des dialogues comme ça, parce qu’on dirait simplement quelqu’un qui parle, et c’est le meilleur des compliments: si on ne voit pas mon travail, c’est que j’ai atteint l’effet recherché.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *